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 Rendez-vous en terre inconnue (Solo)

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Shado Kodokuna

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MessageSujet: Rendez-vous en terre inconnue (Solo)   Mar 1 Sep - 21:12



Le voyage avait été long. Très long. Réduit à l'inaction par l'immensité aqueuse qui s'étendait à perte de vue, j'avais erré sur le navire, comme un lion en cage. Passant le plus clair de mes journées à vagabonder çà et là, sautant et réalisant moult acrobaties, histoire de garder mes lames satisfaites, et révisant plusieurs techniques de corps à corps, faute de pouvoir perfectionner mon art du double maniement d'épées, faute là encore, de partenaire d'infortune, consentant ou non à voir son sang s'écouler. Quand à mes interactions avec les autres membres de l'équipage, elles étaient réduites au strict minimum. Madame Mizuichi, la gouvernante des geishas et maîtresse à bord sur les flots calme, demeurait le plus clair du temps dans sa cabine. Quand aux dites geishas, elles avaient été parquées comme de vulgaires marchandises dans les profondeurs de l'embarcation. Généralement silencieuses, elle n'osaient guère me regarder dans les yeux, constat qui s'appliquait d'autant plus à celles qui m'avaient vue décapiter deux miliciens impériaux sans sommation ni hésitation, un large sourire plaqué sur le visage. Quand à mes conditions de vie générale, si elle n'était clairement pas luxueuse, elles demeuraient supérieures à bien des lieux où j'avais eu l'occasion de sommeiller. C'est ainsi qu'avais été ma vie sur un navire. Monotone et ennuyeuse au possible. La vie de marin ne m'était clairement pas destinée, et l'annonce de l'arrivée imminente sur les plages de Daechong avait insufflé en moi un nouveau souffle d'excitation, alors que je m’apprêtais à me vider de toute trace de vitalité. Peu avant d'accoster, madame Mizuichi était venue me trouver sur le pont:
Une fois arrivés m'avait-elle prévenue, Nos routes se sépareront. Je ne souhaite pas avoir à refaire affaire avec toi dans le futur. L'aide que tu nous as apportée en Kyang, bien que peu orthodoxe, a été appréciée à sa juste valeur, mais elle ne sera pas requise sur ces terres sans lois. Je ne te souhaite ni le meilleur pour la suite, ni d'aller au Diable. Je prie juste pour ne pas devoir recroiser un jour ton chemin...
Le visage à moitié dissimulé sous ma large capuche noire, j'avais imperceptiblement acquiescé, avant de lancer, l'air énigmatique: Vous avez bien raison de ne pas souhaiter me revoir... avais-je dit avant de la laisser en plan, alors qu'elle devait peser chaque mot de cet avertissement masqué. Qui sait ce que je pourrais faire la prochaine fois? Qui sait comment les choses se dérouleront une fois sur cette île? De nouvelles aventures s'offrent à moi, et je m'en délecte d'avance.

Enfin, nous accostions. Pas de port en vue, simplement une longue étendue de sable fin, dont l'embarcation s'était approché suffisamment pour débarquer tout l'équipage sans danger. Parvenu sur la terre ferme, je levais un sourcil étonné. Dans mon champ de vision, rien d'autre que du sable, et une forêt en arrière-plan. Où se trouvait la cité d'opulence dont j'avais entendu parler? Prenant la suite des geishas, je les suivais à distance respectable. Pénétrant dans la forêt, empruntant un étroit chemin terreux, j'observais les alentours. La végétation ambiante, les multiples recoins explorables, les faibles rayons du soleil perçant au travers du feuillage des arbres, tout ceci me rappelle avec nostalgie le temps passé dans la forêt d'Ossoro. Exception faite que là-bas, tout peut vous tuer. Les lieux ici me semblent bien moins dangereux, comme si la nature y était plus docile. Tout bien réfléchit, cela marque une différence majeure avec la forêt maudite. Entre ses branches, la seule forme de vie qu'on y croise en est rarement une bienveillante. Esprits, loups et autres bêtes sauvages vous attendent à chaque détour. Pas de proie naturelle, seulement une foule de prédateurs rivalisant de puissance. Rien à voir avec cette forêt, où l'harmonie semble bien plus respectée. Cela me change un peu: cette harmonie m'apporte une certaine sérénité, sentiment auquel je n'avais pas goûté depuis... Depuis quand d'ailleurs? J'ai passé les derniers cycles à fuir toute forme de vie, tout ennemi public numéro un que j'étais devenu. Auparavant, ma vie dans la forêt d'Ossoro ne me laissait aucun répit, et en remontant plus loin dans le passé, je m'aperçois que ma vie n'a que trop peu reçu sa dose de tranquillité. C'était bien cela, mes derniers moment de calme remonte à mes heures passées aux côtés du vieux Waizu, mon père adoptif, au Temple de Soyeo. Des temps immémoriaux pour moi, tant rien ne semblait indiquer que je deviendrais ce que je suis aujourd'hui. Très vite, les pensées heureuses de mes journées auprès du sage laissent place à la haine que je ressens contre les Lunes Rouges, et le Royaume de Soriyeo lui-même. Chassant ces images de mon esprit, je continu ma route, focalisé sur chacun de mes pas.

Nous marchons plus longtemps que je ne l'aurais cru. L'île est bien plus grande que ce que je m'étais imaginé. Toujours dans la forêt, nous peinons à distinguer quoi que ce soit dans l'horizon obscurci par la végétation. De plus, le crépuscule se rapproche, et à quelques mètres devant moi, j'entends les murmures de plusieurs geishas, qui semblent indiquer que le chemin reste encore conséquent. Lassé de cette randonnée improvisée qui progressait à un rythme bien inférieur à celui qui est normalement le mien, je décide de faire cavalier seul. Bifurquant un peu au hasard, j'escalade rapidement un arbre, et m'élance de branches en branches pour mon plus grand plaisir, et à coup sûr celui de mes lames. Parti vers l'ouest, je n'ai pas de destination particulières. Certes, je m'éloigne de la ville, mais qu'importe, je me dis qu'en marchant vers le nord, je retrouverais bien ma route à un moment ou à un autre. Et pour ce que je m'apprête à découvrir, cela en valait largement la peine. En effet, après une course d'une petite demi-heure, je débouche finalement sur un espace plus ouvert, plus spacieux. Là, devant mes yeux, trône un lac à l'eau cristalline, sur laquelle les rayons d'un soleil déclinant danse dans une lueur orangée. Tout autour de cette nouvelle étendue aqueuse, une herbe verte et quelques fleurs multicolores se prélassent au gré d'une légère brise fraîche. Le spectacle est, pour moi, habitué des allées sombres et de la crasse, presque surnaturel. Je me trouve dans un endroit hors du temps. Alors que l'hiver s'installe sans pitié sur le continent, le climat des lieux rappelle aisément les belles journées printanières où il fait si bon vivre. Mes pieds retrouvent la terre ferme, et je foule cette herbe verte, non sans hésitation, tel un aveugle qui verrait pour la première fois le monde qui l'entoure, et découvrait la vie sous un jour nouveau. C'est exactement ce qui m'arrive. Après tant d'années passées dans les basses sphères de ce monde, je redécouvre la beauté de la nature.

J'ai allègrement profité de ma découverte. Seul, et ce probablement sur des kilomètres, je me suis autorisé, pour la première fois depuis des mois, voire des années, un moment de répit. Baissant ma garde, relâchant une tension et une méfiance naturellement développées par ma vie de criminel recherché, je me dénude totalement, et m'offre le luxe d'un bain dans le lac. L'eau est très fraîche, peu probable qu'elle dépasse les quinze degrés, mais le contact du liquide sur ma peau, fait si rare, est plus que revigorant. La saleté, incrusté dans chaque pore de ma peau, vient quelque peu ruiner la clarté de l'eau, mais c'était là le prix à payer. Après tout, à quand remonte la dernière fois que je me suis lavé? Peut-être bien à mes mois passés dans la province d'Altaïnan, à Soriyeo, lorsque je travaillais sur commande pour Sanjiv Fain. Ma crasse noircit mon bain, et les va-et-viens de mes mains sur ma peau, récurant comme elles peuvent, ne font que rajouter un peu plus de saleté. Avançant de quelques mètres, m'immergeant complètement, je passe mes doigts dans mes cheveux, dans ma barbe. Les poils sont emmêlés, et tout comme le reste de mon corps, poisseux, tant et si bien qu'il me faut plusieurs aller-retours sous l'eau avant d'émerger dans un état de propreté décent. L'eau sur la berge n'a plus rien de cristalline, au contraire, elle ressemble plutôt au bourbier infâme de la Forêt d'Ossoro. Contournant les résidus de ma crasse, je prend ensuite le temps de nettoyer vêtements et épées. La tâche est longue, et surtout risquée. En cas de rencontre impromptue et peu accueillante, je pourrais certes me servir de Fuun et Zetsubo, mais je serais en revanche dénué de toute protection. Finalement, le corps et les vêtements propre, je prends un instant pour observer mon reflet dans le lac. Près d'un an que je ne me suis ni coupé les cheveux, ni rasé, et cela se voit. Mon corps, lui, est désormais bardé des marques de brûlures, ce malheureux résidu d'un maléfice de la chamane qu'on nomme femme-serpent. Plusieurs sont d'une taille insignifiante, mais certaines, comme celle qui courre et s'enroule autour de mon bras droit, sont réellement impressionnantes. La douleur, elle, est toujours présente, sous la forme d'un léger picotement, qui semble malgré tout ridicule comparé à l'atroce douleur que représente la formation d'une nouvelle marque. Je m'y suis fait, toutefois, et si je ne suis évidemment pas enchanté à l'idée d'être blessé à nouveau, je ne suis pas non plus effrayé par cette sentence qui couronne chacun de mes meurtres, comme le souhaitait peut-être la chamane. Je me demande si elle ressent la formation de mes cicatrices, d'une façon ou d'une autre. M'allongeant dans l'herbe, mes deux épées à portée de main, c'est sur cette réflexion que je finis par m'assoupir.

HRP: me revoilàààà Very Happy
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Shado Kodokuna

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MessageSujet: Re: Rendez-vous en terre inconnue (Solo)   Sam 26 Sep - 19:14



Lorsque je m'éveille, le soleil est déjà assez haut dans le ciel. Entrouvrant les yeux, je me redresse légèrement, avant de brusquement bondir vers l'arrière. En effet, à quelques mètres devant moi, assis en tailleur dans l'herbe, un enfant me fixe avec curiosité. Il doit avoir dans les douze ans, de taille moyenne pour ce que je peux en juger, un visage au teint terne, assez sale, encadré par quelques mèches de cheveux noirs comme le charbon. Ces cheveux sont mi-long, coupés inégalement, probablement à la va-vite, et également peu soignés. L'enfant porte des vêtements simples, sûrement les mêmes depuis déjà quelques temps, à en juger par leur état. Un haut blanc, qui dans une autre vie avait dû être immaculé, mais qui était désormais marqué par des tâches de sueur et de nourriture, et troué par les mites en plusieurs endroits. Quand à son pantalon, le gamin avait du le trouver dans la rue ou le voler, tant il n'était clairement pas destiné à son usage. Bien trop grand, il y avait fait un ourlet qui lui remontait jusqu'aux genoux. Bien trop large, il serrait le vêtement à sa taille à l'aide d'une corde usée. Quand aux chaussures, c'était simple, il n'en portait pas. D'un regard méfiant, je finissais de détailler cet inconnu, les doigts sur mes épées. De toute évidence, c'était un enfant de la rue, pauvre, affamé, et qui ne représentait aucun danger pour moi, ni pour quiconque. Ses grands yeux verts transpiraient l'innocence, et s'il avait été plus soigné, ils auraient pu être une arme de séduction massive.

Vous êtes courageux de dormir comme ça en plein hiver. Souffle-il. Sa voix fluette me laisse penser qu'il croit ses paroles. Baissant les yeux vers ma propre personne, je me rends compte que je suis effectivement peu vêtu, simplement en sous-vêtements. Le reste de mon équipement avait passé la nuit à sécher sur des branches, et comme la température était douce, je n'avais pas été dérangé le moins du monde. Mais après un moment d'hésitation, j'enfile rapidement mes vêtements, tandis que lui reprend, toujours animé de cette curiosité propre aux gamins. Je vous ai jamais vu avant, vous êtes nouveau? J'hésite quand à la réponse à donner: je ne sais rien de cette île, et malgré son apparence de faible, je me méfie de ce gosse. Mais qu'ai-je vraiment à perdre à être honnête? Au pire, si les choses tournent mal, je pourrais toujours le tuer. Oui, je suis arrivé hier. Ses yeux s'illuminent brusquement. C'est vrai?! Dans ce cas, ça signifie que vous venez du continent? Je rêve d'y aller depuis toujours! Les pirates ont dit que quand je deviendrai grand et fort, ils m'emmèneront avec eux pour une expédition! C'est à mon tour d'écarquiller les yeux. "un bâtard attend également une chance de poursuivre sa voie. Son rêve s'étend sur une horizon qu'il n'a jamais visité et au-delà de son cœur amer et avide d'aventures." Les mots de la femme-serpent résonne encore dans mon esprit. Sa troisième prédiction à mon encontre, celle sur ce qui sera. Le fameux gamin dont le destin est lié au mien... c'est lui? Je soupire. Moi qui m'imaginais déjà avec un moi miniature, sans foi ni loi, dont le seul rêve est fait de sang, me voilà vernis, les Dieux m'offrent un pré-adolescent naïf et à la carrure si faible que les geishas que j'ai vu auprès de Madame Mizuichi sont plus impressionnantes. Face à mon soupir, l'autre me dévisage avec encore plus de curiosité qu'auparavant. Et moi de lui répondre: Oui, je viens du continent, un endroit formidable que j'ai eu tout le loisir de visiter. Autant ne pas briser ses rêves tout de suite. Même si je pense vraiment mes mots, ce n'est pas pour les raisons qu'un enfant tel que lui pourrait s'imaginer. Un large sourire se forme sur son visage, alors qu'il me demande: Génial! Vous pourrez me raconter? Dites? Dites? Dites? Parti comme c'est, j'aurais tout le temps de te raconter, alors tais-toi pour l'instant. Je pense, avant de m'exprimer à voix haute: Peut-être, si t'es sage, et que tu m'aide. Déjà, parle-moi un peu de toi. Il arbore une mine curieuse, désormais. De toute évidence, il n'est pas habitué à ce genre de discussion. Il doit sûrement vivre dans la rue, et ses seules interactions avec les autres doivent se limiter à des injonctions et des insultes. Malgré tout, c'est de bon cœur qu'il me répond: Et bien... je m'appelle Kiyoshi. Kiyoshi Rokudenashi, j'ai 13 ans. Je suis né ici, et j'y ai toujours vécu. Je n'ai pas de papa, et je ne vois pas souvent ma maman. Depuis tout petit je rêve d'aller sur le continent pour y vivre plein d'aventures palpitantes! Et vous? Je l'ai écouté attentivement. J'avais d'abord souri à l'ouïe de son nom. Quelle idée de donner un prénom symbole de pureté à quelqu'un dont le nom même signifie "bâtard"... Mais cela me conforte dans l'idée qu'il s'agit bien du gosse que je recherche. Le reste de son petit discours me le confirme. L'âge correspond, le fait qu'il ne soit jamais sorti de l'île, le fait qu'il soit un fils bâtard, probablement un fils de geisha, conçu avec un client de passage, et enfin, son souhait d'aventures. Pas de doute, le petit Kiyoshi est bien l'enfant que je cherche. Reste à savoir comment son destin sera lié au mien, tant il n'a rien d'un assassin. Moi? Hmm... J'hésite. A quel point Kiyoshi est-il conscient de l'endroit ou il se trouve, des gens qui l'entourent? Impossible à dire. Finalement, je choisis de lui dire la vérité. Si notre destin doit être lié par-delà cette île, alors autant qu'il saches tout de suite ce qui l'attends. Je suis Shado Kodokuna, aussi appelé la Lame du Chaos et... je suis pas quelqu'un de bien. Comme beaucoup de personnes ici, j'ai tué des gens dans ma vie. Beaucoup. Certains contre de l'argent, d'autre sans raisons. Sur le continent, tout le monde connaît mon nom, et en a peur. Mais... ça ne doit pas te changer des gars que tu peux croiser ici, n'est-ce pas?

Le gamin n'a pas bougé. Tout juste avait-il reculé lorsque j'avais mentionné mes activités, et encore. Ses yeux ne trahissent aucune surprise, plutôt cette curiosité qui semble le définir plus que tout. En fait, tu es comme un pirate, mais sur terre. Tenta-il de résumer, ce à quoi j'acquiesçais en haussant les épaules. On peut dire ça comme ça, je suppose. Alors pourquoi tu viens ici? Tu veux devenir un pirate de l'eau? Sa réplique, immédiate, m'arrache un petit rire. Sa naïveté, son ton rempli d'innocence, cela saurait presque m'attendrir. Peut-être qu'en fin de compte, j'aimerais bien ce gosse. Sa faiblesse pourra toujours être corrigée, du moins je l'espère. L'eau n'est pas vraiment mon domaine de prédilection. Je dis en ricanant. Si je suis ici, c'est parce qu'il y a quelque temps, j'ai rencontré une chamane. Celle-ci m'a prédit que ma destinée me mènerait jusqu'à un enfant sur une île où les lois n'existent pas. Et je pense que cet enfant, c'est toi. Ses sourcils se froncent, ses poings se serrent alors qu'ils viennent se placer sur ses hanches. Et alors que je le fixais avec curiosité, il me sort: Je suis pas un enfant, j'ai 13 ans. Un ange passe, le temps d'une seconde, durant laquelle j'ai fixé ce gosse avec toute la surprise dont j'étais capable. Je me gratte la tête, soupire et lui lance: Si tu veux, t'es pas un gamin... Gamin. Je suis pas un gamin!! crie-il, avec plus de force. Je ricane. C'est stupide et enfantin, mais je trouve ça hilarant. Un rictus se forme sur mon visage, tandis que je m'approche légèrement de lui et souffle: Gamin. Et immédiate, sa réplique, hurlée avec toute la haine dont il est capable: JE SUIS PAS UN GAMIN!!! Je m'écroule, me roule dans l'herbe, frénétique, incapable de m'arrêter de rire. Face à moi, Kiyoshi bouillonne, les poings serrés, le teint rougis. Lorsque je retrouve mon calme, avec peine cependant, je l'apostrophe à nouveau: Tu t'énerves trop facilement, faudra changer ça. Et tu fais trop de bruit. Et tu n'as pas d'armes. Et pas de répartie. C'est beaucoup. Si ton destin est de m'accompagner sur les routes du continent, tu vas avoir du boulot, parce que je comptes pas me trimballer un boulet. Et d'un coup, d'un seul, il semble se calmer. Ses poings se détendent, et il lève vers moi des yeux emplis d'espoir. C'est vrai? Tu vas m'emmener avec toi sur le continent? Je lui frottes le crâne, tout en répondant: C'est l'idée. Comme j'ai dit, tu vas avoir du boulot, et ce sera sûrement long, mais quand tu seras prêt, alors oui, je t’emmènerais avec moi. Il pleure. En deux phrases, je viens presque de donner un sens à sa vie. Au fond de lui, Kiyoshi savait déjà que rejoindre les pirates serait impossible pour lui, et sans aucun autre moyen d'atteindre ses rêves, il était condamné à errer à Daechong pour le restant de ses jours. Mon arrivée vient de lui rendre espoir. Instiguer ce sentiment à autrui n'est pas habituel pour moi, mais bon. Je hausse les épaules et m'agenouille vers mon nouveau disciple. Celui-ci n'en revient pas, et avec une voix remplie d'excitation, il me demande: Par quoi on commence? Qu'est-ce qu'on fait? En voyageant avec moi, tu devras te battre, presque tout le temps. Donc tu devras être capable de te défendre, et d'attaquer un adversaire. Pour cela, je t’entraînerais personnellement. Mais il va te falloir une arme, une armure, et beaucoup de persévérance avant d'arriver à un résultat. Ensuite, il faudra que tu gagnes en force. Là encore, ça passera par l'entraînement, mais aussi par la nourriture. Dénominateur commun: il nous faut de l'argent. Donc, première étape: comment on trouve de l'argent ici? Kiyoshi réfléchit. De mon côté, je soupire à nouveau. Ma situation est bien différente, comparée à ma vie sur le continent. Avant, l'argent n'étais pas un problème, puisque je pouvais simplement voler ou tuer pour de la nourriture. Mon arme et mon armure me suivent depuis que j'ai quitté le Temple de Soyeo, et si cette dernière s'est affaiblie avec le temps, mes deux lames démoniaques sont toujours intactes. L'équipement de Kiyoshi n'aura pas cet avantage. Et cette fois, pas de meurtre ou de vol envisageable. Quelques mois auparavant, dans la Grande Bibliothèque du Palais Impérial du Tsian, j'ai pu recueillir, en plus d'une carte, des informations sur l'île de Daechong. La population étant presque exclusivement composée de geishas et de pirates, ces derniers étant regroupés en équipages, sous le commandement d'un seigneur pirate, m'attaquer à ces gens revenait à s'attaquer à l'équipage entier. Et je souhaite éviter de devenir un fugitif sur l'île des fugitifs. En plus, si je venais à devenir une cible, le gosse n'y survivrait jamais, et j'aurais fait tout ça pour rien. De son côté, Kiyoshi a trouvé ma réponse: Tu peux demander à l'un des quatre grands seigneurs pirates! Ce sont eux qui commandent. Ils ont des centaines d'hommes avec eux, et des dizaines de bateaux! Ils sont super forts, invincibles! Peut-être qu'ils pourront t'aider.

Parfait. Maintenant que je possède cette information, il n'y a plus qu'à se mettre en marche. Ayant fortement dévié du trajet emprunté par les geishas, je n'ai aucune idée de là ou je me trouve. Mais désormais, j'ai le gamin, qui lui connaît sûrement les lieux comme sa poche. Une petite tape sur le dos: Très bien. Dans ce cas, emmène-moi jusqu'aux quatre grands seigneurs pirates... gamin. Et sur ce, j'éclate à nouveau de rire. Cette fois, pas de grands cris, Kiyoshi se contentant simplement de gronder entre ses dents: Je. Suis pas. Un. Gamin. Et à l'entendre, je ris encore plus. Au moins, il a retenu ma première leçon.
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