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 Les Larmes de la pleine Lune (Solo)

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Shado Kodokuna

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MessageSujet: Les Larmes de la pleine Lune (Solo)   Dim 12 Oct - 23:06

Partie 1 - Naissance et enfance
Chapitre 1 - Un étrange cadeau

Toc Toc Toc. Des coups frappés à la porte du Temple de Soyeo retentirent...
Waizu Gakusha s'extirpa en grognant de sa couchette. Même pour un moine, l'horaire était pour le moins matinal. Passant rapidement un habit, il se traîna jusqu'à la porte pour accueillir les visiteurs. Qui pouvaient-ils être? Il n'aurait su le dire. Passant la tête par l'embrasure de la grande porte, il fût assailli par la fraîcheur du petit matin. Ouvrant la bouche pour demander les raisons d'une visite si impromptue, aucun son ne sortit de sa bouche.

Et pour cause, personne ne se trouvait devant lui. En plissant les yeux, Waizu distingua une silhouette s'enfoncer dans la brume. Mais le plus étrange se trouvait à ses pieds. Un berceau avait été déposé sur le pas de la porte. Dans ce berceau, un nourrisson, chaudement emmitouflé dans un amas de couverture, dormait encore d'un sommeil paisible, de la buée émergeant de sa petite bouche à chacune de ses expirations. Au niveau de son ventre, un petit morceau de parchemin avait été déposé. S'attendant à y trouver des explications, Waizu se pencha et se saisit de l'objet.

Shado Kodokuna

Tracés à l'encre rouge, ces quelques signes laissèrent le moine perplexe. De toute évidence, il s'agissait du nom du bébé. Waizu ne put s'empêcher de penser que "L'ombre solitaire" était une bien étrange appellation pour un nourrisson. Puis il se remémora de la signification de son propre nom. "Le Sage érudit". Waizu ne put retenir un sourire. Il avait bien fait honneur à son nom en embrassant la vie monacale. Sans se départir de l'expression bienveillante qui se dessinait sur son visage, le moine prît l'enfant dans ses bras, et l'emmena à l'intérieur.
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Shado Kodokuna

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MessageSujet: Re: Les Larmes de la pleine Lune (Solo)   Lun 13 Oct - 16:15

Chapitre 2 - L'insouciance au Royaume de la Guerre

Cinq années s'étaient écoulés, depuis que Waizu Gakusha avait recueilli Shado Kodokuna. Durant tout ce temps, il l'avait élevé comme son propre fils, malgré son âge déjà avancé. En effet, Waizu avait désormais 67 ans. Les derniers cheveux avaient quittés son crâne depuis bien longtemps, et sa peau commençait à se friper sur son corps tassé par les ans. Aujourd'hui, il ne faisait guère plus que méditer, assis dans la position du lotus, à l'extérieur du temple. Au fond de lui, il sentait ses forces s'amenuiser. Aucun doute, il était souffrant. Le genre de maladie qui vous consume lentement. Et chaque jour, Waizu sentait le feu de la maladie se répandre à de nouvelles cellules de son corps. Depuis trois ans déjà, il observait les effets du mal sur son corps. Son souffle s'était fait plus rauque, son endurance se réduisait à peau de chagrin, à tel point qu'il n'arrivait presque à plus à se tenir debout sur ses deux jambes tremblantes. Bientôt, il ne serait plus capable de se mouvoir, et à ce moment là, il serait temps pour lui de rejoindre le Royaume des Morts.

Mais en attendant, il restait assis, dans sa longue robe pourpre de moine du Temple de Soyeo. Il y était entré à l'âge de 15 ans, mué par un curiosité inébranlable sur l'histoire militaire du Royaume de Soriyeo, ainsi que celle du reste du monde. En une vie, il avait amassé tant de connaissances que le Gouverneur du Temple, Sakiro Mura, lui avait confié la tâche importante d'enseigner au future Lune Rouge l'histoire militaire de ce monde. Assis dehors, Waizu se remémorait tout ces moments passés à déblatérer sur l'historique des fiers soldats du Royaume.

Puis les cris et les rires de Shado, déboulant dans le Temple avec cette insouciance caractéristique des enfants de son âge, chassait ses souvenirs d'enseignant pour amener, inlassablement, celui du jour où il avait recueilli le bébé. Sa conversation avec Sakiro était imprégnée dans sa mémoire:

Et bien, Waizu, que tiens-tu donc dans tes bras? avait demandé le Gouverneur.

Quelqu'un est venu le déposer tôt ce matin, ne laissant que ce parchemin, portant le nom du nourisson.

Shado Kodokuna... avait lu Sakiro. En voilà une appellation étrange. Si tu veux mon avis Waizu, cet enfant est un mauvais présage. Nous devrions l'envoyer à l'orphelinat.

Waizu avait alors observé l'enfant avec la plus grande attention. C'était un nourrisson qui semblait en parfaite santé, pas extrêmement grand, mais pas non plus sous-dimensionné. Il ne s'était pas encore réveillé, donc impossible de dire la couleur de ses yeux. En revanche, quelques petits cheveux clairsemaient son crâne, et il était aisé de dire que l'enfant étrennerait dans le futur une couleur flamboyante.

La chevelure de feu... Gouverneur, suspecteriez-vous cet enfant d'être la descendance d'un Démon

Comment être sur que ce n'est pas le cas? avait rétorqué Sakiro. Le passé à montré que les nourrissons à la crinière du renard était généralement le symbole d'un mauvais présage. Vous devriez le savoir mieux que personne.

Waizu se tut quelques instants. Il ne parvenait pas à se l'expliquer, mais il se dégageait de cet enfant une chaleur aimante, bienfaitrice. Une aura émanait de lui, et lui donnait l'intime conviction que ce nourrisson ne pouvait être en aucun cas maléfique.

Gouverneur Mura... Je ne puis prouver de quelque façons que ce soit la pureté de cet enfant. Mais je ressens en lui quelque chose, qui me donne l'intime conviction qu'il sera un homme bon. Je vous en conjure: permettez à ce bébé de grandir au sein du Temple.

Waizu regardait le Gouverneur d'un air suppliant. Ce dernier en revanche, considérait la proposition, le visage fermé. Une minute s'écoula, avant qu'il ne donne sa réponse:

J'accorde l'hospitalité du Temple de Soyeo au jeune Shado Kodokuna. De plus, je vous informe dès maintenant que ce bébé se trouve sous votre entière responsabilité. Il suivra l'entraînement des Lunes Rouges à partir de ses quinze ans, et ne bénéficiera en aucun cas de passe-droit.

Waizu n'avait pas jugé nécessaire d'ajouter quoi que ce soit. S'inclinant sobrement face au Gouverneur, il avait quitté la pièce, et avait pris soin de l'enfant comme s'il s'agissait de son propre fils. Certes parfois, l'activité débordante du rejeton gênait les entraînements des Lunes Rouges, mais la plupart du temps, la majorité des apprentis jetait un regard bienveillant vers l'enfant. Malheureusement, d'autres, plus avertis des légendes du Royaume, optaient pour une expression froide, qui effrayait souvent Shado. De plus, les autres moines, ainsi que les instructeurs militaires, voyaient d'un mauvais œil la présence d'un gamin dans le principal camp des forces armées de Soriyeo. Mais Waizu n'en avait cure, et aujourd'hui comme hier, il accueillait l'arrivée en trombe de l'enfant avec un large sourire, avant de le prendre dans ses bras.

Avant de prendre son fils adoptif dans ses bras...
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Shado Kodokuna

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MessageSujet: Re: Les Larmes de la pleine Lune (Solo)   Lun 13 Oct - 18:54

Chapitre 3 - Une dernière parole...

Note HRP : à partir de ce chapitre, Waizu laisse sa place de narrateur à Shado. La narration passe également à la première personne.


Je m'en souviens, c'était quelque mois après mes 7 ans. Agenouillé à son chevet, je tenais la main de mon père adoptif, l'accompagnant dans ses derniers instants. Il m'avait révélé la souffrance quotidienne qu'il vivait depuis cinq longues années, la sensation de faiblesse qui s'insinuait, centimètres par centimètres, dans chaque parcelle de son corps. Il m'a aussi avoué que je n'étais pas son fils. Sept ans après mon arrivée au Temple, j'apprenais que j'avais été abandonné par mes parents - mes vrais - à la naissance. Waizu m'a expliqué qu'il était possible qu'ils vivent à Xinjiyun ou à Feichong, et s'est ensuite excusé de ne pas pouvoir m'en dire plus. Il m'a enfin mis en garde: la couleur de mes cheveux, dans l'histoire de notre monde, est souvent un mauvais présage. Il prévint que certain me verraient d'un mauvais œil, et qu'ils seraient effrayés par moi. Ses paroles à ce sujet résonnent encore dans ma mémoire:

Mon fils, ton passage engendrera la crainte de tes pairs. Il en ira de ton devoir de leur prouver, non seulement à eux, mais aussi au monde entier, que tu es une bonne personne. Je n'en ai jamais douté. Shado, mon fils, je suis fier de toi. Tu deviendras une Lune Rouge.

J'avais fixé le sage avec de grands yeux ronds, teintés d'une pointe d'admiration. Oui, j'allais devenir une Lune Rouge, la meilleure de toute. Pour toi, père, j'y parviendrais.

Mais dans le même temps, je n'avais pas perçu ce que signifiait les mises en garde du vieux Waizu. Je n'étais qu'un gosse de 7 ans, comment pourrais-je inspirer la crainte ? Encore plus vis-à-vis des Lunes Rouges, les meilleurs soldats du Royaume de Soriyeo ? Je ne pouvais imaginer lire de la peur sur le visage de ces fiers guerriers, que j'admirais tant. Mes futurs pairs. Je les observais s'entraîner dur, pour le bien de notre Royaume. L'entraînement débute à l'âge de 15 ans, mais ce jour-là, je serais prêt.

C'est du moins les pensées qui avaient traversées mon esprit à cet instant là. Ce n'est que quelques secondes plus tard que Waizu me prît la main pour la dernière fois et me dis:

Shado, mon fils. Même si je ne suis pas réellement ton père, je t'ai aimé comme mon propre enfant. Sois assuré à tout jamais que quelque soit le chemin que tu choisisses dans la vie, je veillerais sur toi, peut importe la destination que mon esprit va prendre. Continue de rire comme tu le fais, tu rayonnes ainsi. Pour l'éternité, mon enfant, je serais à tes côtés.

Au fur et à mesure qu'il prononçait ses paroles, je sentais la pression de sa main sur la mienne faiblir. Sa dernière phrase était semblable à un râle. Puis ses yeux se fermèrent et, une expression paisible sur le visage, il plongea dans son dernier sommeil.

Ainsi mourut Waizu Gakusha, moine du Temple de Soyeo, instructeur de l'histoire de la guerre pour les Lunes Rouges. Mon père adoptif, et la seule personne à m'avoir jamais aimé. Je revois encore les moines qui se trouvaient à ses côtés se lever un à un, quitter la pièce, pour au final me laisser seul avec lui. Les larmes aux yeux, la voix tremblantes, je posai ma main sur son épaule inerte et murmura:

Père, je te jure que je ferais tout pour que tu sois fier de moi.

Si à cet instant j'avais su ce qui m'attendais, mes paroles auraient sûrement été bien différentes...
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Shado Kodokuna

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MessageSujet: Re: Les Larmes de la pleine Lune (Solo)   Mer 15 Oct - 22:12


Partie 2 - Tenir ses promesses. Justifier les attentes.
Chapitre 4 - Le Destin n'attend pas.

Assis sur ma branche, je me souviens...

Je me souviens brièvement des deux années qui ont suivi la mort de Waizu. Sa perte à résulté d'un changement drastique de l'opinion du temple à mon sujet. Les moines que je croisais, qui auparavant me souriaient gentiment, arboraient désormais une mine méfiante, comme si j'étais le porteur d'une mauvaise nouvelle continue, sans que j'en ai moi-même conscience. Les jeunes apprentis, comme les soldats aguerris, me réservaient le même traitement. Certes, j'avais déjà vu ces regards dédaigneux se poser sur moi auparavant, mais après la disparition de mon père, ceux qui ne formaient dans le passé qu'une minorité avait subitement vus leurs rangs s'agrandir à la totalité des résidents du Temple.

C'est à cette période que j'ai réalisé à quel point Waizu avait joué un rôle primordial dans ma vie. Avant sa mort, je passais mes journées à ses côtés, ou non loin de lui. Je l'écoutais ressasser les histoires des plus glorieuses batailles menées par les Lunes Rouges. Je l'observait, assis en tailleur, les yeux clos, inspirer et expirer l'air dans la plus grande sérénité.

Je me souviens du jour où le Gouverneur Mura avait finalement énoncé à voix haute ce que j'avais décelé sans me montrer capable d'apposer des mots sur mon ressenti:

L'homme qui t'a recueilli était un homme bon, Shado. Sois en assuré, il était aimé et respecté par chacune des âmes qui habitent ce Saint Temple. Je ne te mentirai pas: je n'approuvai pas sa décision de t'adopter et de te laisser vivre ici. Il t'a sûrement déjà conté cette légende, mais laisse-moi te la rappeler: il à été énoncé il y a fort longtemps que ceux qui possède le crin de feu ont dans leur âme un aspect démoniaque. On dit d'eux qu'ils sont le fruit des Démons qui peuplent les contrées sauvages. Lorsque Waizu est entré dans le Temple, avec toi dans ses bras, j'ai eu la sensation que les vieilles légendes que mon père, et son père avant lui, m'ont relaté allaient s'avérer bien réelles. Mais Waizu voyait les choses différemment. Il m'a assuré qu'il ressentait une chaleur aimante et bienfaitrice - tels étaient ses mots - émaner de ton être. Comme je te l'ai dit, ton père était un homme sage, respectable et respecté, et c'est pour cela, uniquement pour cela, qui j'ai accédé à sa requête, et que je t'ai laissé entre ses mains toutes ces années. Mais je te préviens: aujourd'hui le Sage érudit n'est plus de ce monde, ce qui induit que les regards vont converger vers toi, disséquer chacun de tes faits et gestes. Tous vont essayer de discerner le mal en toi. Moi-même je garderais un œil attentif à ton sujet. Désormais c'est à toi de jouer: prouve moi, prouve à tout ce temple, que le vieux Waizu avait bien raison à ton sujet. Donne moi tort d'avoir pensé que tu puisses être une entité malfaisante. Tous les regards seront sur toi, alors ne me déçoit pas. Ne nous déçoit pas. Et plus important: ne déçoit pas ton père. Tu deviendras une Lune Rouge, et tu te purgeras de toutes les craintes qui t'entourent.

Silencieusement, j'avais écouté le monologue du Gouverneur. Ainsi donc, je serais la cible de tous, et seule l'accession au statut de Lune Rouge me permettrait de laver les soupçons? Qu'il en soit ainsi. En mon for intérieur, je pensais:

Gouverneur, si vous même me craignez, alors chaque âme qui vit entre ces murs doit être effrayée à mon sujet. Je vais vous prouver à tous que je ne suis pas un démon. En l'honneur de la mémoire de mon père. Le seul homme digne de confiance qu'il m'ait été donné de connaître. Je deviendrais une Lune Rouge. Non, mieux, je deviendrais la meilleure de toutes les Lunes Rouges. Vous verrez, Gouverneur, je deviendrais un homme aussi respectable que le fût Waizu. Mais ce sera dans le silence. Je ne semble pas digne de votre confiance, ni de votre respect. Vous n'aurez donc pas le mien. Si vous avez vraiment respecté mon père, alors ne bafouez pas son jugement une fois celui-ci mort! Vous n'êtes pas digne de recevoir mon sourire, ni mes mots. Personne dans ce Temple ne l'est. En ce jour, je jure de n'accorder le privilège de ma parole qu'à ceux qui s'en montreront digne.

Tel fût ma pensée, tel fût mon acte. Le visage fermé, j'inclinais mon buste devant le Gouverneur, avant de quitter la pièce, silencieusement. Maintenant que je revois cette scène, assis sur ma branche, je ne peux m'empêcher de me demander: était-ce un acte égoïste? Arrogant? Non, si j'y réfléchis vraiment, c'était simplement un retour à l'envoyeur. La confiance doit être réciproque, ce n'était pas le cas. Non, définitivement, ma décision de me plonger dans le mutisme n'était pas mauvaise.

Après être sorti du Temple, je me rendis sur la tombe de Waizu. J'y avais passé une grande partie de l'année qui avait suivie sa mort. Assis face à la pierre tombale, je réitérais ma promesse de silence, ainsi que celle de devenir la meilleure des Lunes Rouges. Puis, je m'en retournais dans la cour, là où les futurs soldats faisaient leurs classes. Mon père adoptif aimait s'asseoir en ce lieu pour méditer, tout en observant les futurs protecteurs du royaume. Et ce jour-là, pour la première fois, je m'assis à sa place, et me mis à épier l'entraînement des apprentis. On leur enseignait le Sori Hossouko, l'art martial de Soriyeo, qui tient son nom de notre premier roi. Le soldat qui dirigeait l'entraînement insistait sur la nécessité d'être en totale harmonie avec soi-même.

L'harmonie. Voilà ce que le vieux Waizu tentait d'attendre, ou essayait-il de la faire vivre en lui? L'un ou l'autre, et cela m'apparaissait clairement maintenant, c'était l'harmonie qui était le but de la méditation. L'harmonie découlait du calme et de la sérénité. Le moi âgé d'à peine 9 ans l'avait déjà compris. Néanmoins, la mort de Waizu m'avait instantanément fait grandir, et le petit garçon hyperactif et turbulent avait laissé place à un garçon plus triste, mais surtout bien plus mature. J'avais déambulé sans but dans le Temple durant une année complète, mais en ce jour où j'entendais le mot Harmonie pour la première fois, cette période s'acheva. La promesse que je m'étais faite à moi-même revenait au triple galop. J'allais devenir la plus forte de toutes les Lunes Rouges. Pour cela, il me fallait profiter du seul avantage qu'il me restait de vivre au Temple: j'allais m'entraîner seul, dans le but d'arriver prêt lors de mes 15 ans, quand le vrai entraînement débutera.

Ce déclic raviva en moi la flamme de la détermination. J'avais six ans pour me préparer à l'entraînement des Lunes Rouges. Et j'allais perfectionner chaque aspect de la formation! Ainsi, puisque tout semblait débuter par la maîtrise du Sori Hossouko, il fallait que je sois en harmonie avec moi-même! Le moi de 9 ans s'était félicité de sa réflexion, et aussitôt pensé, aussitôt mis en œuvre. Je passais une année complète, sans rien faire d'autre que de rester assis en tailleur, concentré sur ma respiration, sur mon ressenti corporel. Ce n'était pas chose aisée que de trouver l'harmonie. Mais une année d'abnégation m'avait ouvert les portes de la maîtrise de soi. A présent, assis dans la position du lotus, je pouvais sentir en moi l'air entrer et sortir de mes poumons, mon sang voyager aux quatre coins de mon corps... J'entendais les battements de mon cœur, je percevais mieux les sons comme les odeurs... Je me sentais serein. Et cette sérénité me permettait dès à présent de passer à la seconde partie de mon entraînement: la maîtrise du Sori Hossouko lui-même.

Je m'attelais donc à cette nouvelle tâche, tout en veillant à ne pas perdre mes acquis de méditation. Ainsi, comme je le faisais depuis un an, je prenais place là où Waizu se tenait en son temps. Mais au lieu de fermer les yeux, je les gardaient grands ouverts, et j'épiais chaque leçon qu'on donnait aux futures Lunes Rouges. J'observais ainsi la position de garde, le positionnement des pieds, les différents mouvements, offensifs comme défensifs, les frappes létales, celles qui ne feraient que sonner l'opposant. Je ne laissais rien au hasard, mais je me heurtais à un obstacle majeur: le dojo où se trouvait les différentes cibles et mannequins était occupé, et ce dès le lever du soleil, jusqu'à l'heure du dîner. Si je voulais y accéder, cela devrait se faire de nuit, à une heure où personne n'est sensé se trouver hors de sa couche. Sans que je puisse m'en douter, c'est à cette époque que j'ai acquis la capacité à me déplacer silencieusement, sans jamais éveiller les soupçons. J'entrais dans le dojo, et pendant que gouverneur, moines et soldats étaient assoupis, je faisait face au mannequin d'entraînement, et je pratiquais. Deux ans durant, il n'y eu aucun aspect du Sori Hossouko que je n'avais exploré. Je me revois encore pratiquer un mouvement ardu, pour lequel un mois entier de travail avait été nécessaire, seulement pour en acquérir une maîtrise correcte. Je me haranguais en silence... Positionne mieux tes pieds... Ne baisse pas ta garde! Fléchis mieux tes jambes!. C'était toujours la même rengaine: se placer de profil. Faire passer le poids de son corps sur la jambe arrière. Pivoter le pied avant vers sa cible. Feinter un coup de pied bas du pied avant. Dans le même temps, entamer une rotation à vitesse moyenne. Accélérer brusquement la rotation. Bondir. Frapper à la tempe avec le pied arrière. Assurer la réception. Ne pas faire de bruit. Cette dernière injonction était devenu mon principal credo. Tu es trop bruyant, Shado. Ne cessais-je de me répéter. Fort heureusement, en deux années, je n'ai été repéré qu'une seule fois, au tout début du processus. Le gouverneur m'avait défendu de continuer mes escapades nocturnes, mais braver son interdit décuplait ma détermination, et me poussait à redoubler d'efforts, tant au niveau de la discrétion qu'au niveau de la pratique.

Bien sûr, il était compliqué pour un enfant de 12 ans de tenir le rythme d'un entraînement nocturne, sans éveiller le moindre soupçon. Mais là encore, j'avais élaboré un stratagème pour rester dans l'ombre. Il était très simple: je dormais pendant mes séances de méditation. J'avais habitué tout le monde à ces séances prolongées pendant un an, et la seule difficulté qui résidait dans cette feinte était de maintenir son équilibre, ainsi qu'une respiration calme. C'est à la faveur d'un hiver rugueux que j'ai pu, seul dans l'ancienne chambre de Waizu, qui était devenue la mienne, perfectionner cette technique à l'abri des regards. Mais force était de constater qu'elle fonctionnait, et à l'âge de 13 ans, j'étais parvenu à maîtriser correctement le Sori Hossouko, sans trop subir le contrecoup forcé de la diminution des séances de méditations. Ne restait plus qu'une seule condition à accomplir pour être prêt le jour de mes 15 ans: la maîtrise des armes.

Il m'avait fallu redoubler d'efforts, encore, pour acquérir cette nouvelle compétence tout en maintenant le niveau atteint pour les précédentes parties. J'avais dû fortement réduire le temps nocturne alloué au perfectionnement des arts martiaux, pour faire la part belle au maniement des lames. Je voulais tout essayer, toutes les armes. Mais je compris vite que cette fois, ma volonté allait se heurter à un obstacle infranchissable. En effet, il m'était impossible de m'exercer aux armes de jets, où à celle à longue distance, simplement car les marques laissées par l'impact des projectiles serait perceptible sur mes cibles. Qu'à cela ne tienne, je m'exercerais aux armes de corps-à-corps. Le temple disposant d'une impressionnante réserve de bokkens, de toutes tailles et poids, je pouvais m'exercer à chaque arts. Les deux dernières années de ma préparation solitaire laissèrent, sans surprise, la part belle aux tantos, saïs, jittes, kamas, kusarigamas, daos et autres katanas. Je ne pouvais me lasser de manier ces merveilles, tout en rêvant du jour où je posséderais mes propres armes.

Assis sur ma branche, je me souviens de la sensation qui m'habitait le jour de mes 15 ans. Les six dernières années de ma vie avaient filées si vite! Mais ma détermination m'avait mené où je le souhaitais: j'avais réussi mon pari, en ayant acquis les bases, et plus encore, des trois axes principaux de l'entraînement des Lunes Rouges. Une année de méditation, et cinq autres partagées entre les arts martiaux et les arts des lames, m'avait apporté le bagage nécessaire pour entamer mon ascension dans la hiérarchie des Lunes Rouges.

Assis sur ma branche, je me souviens avec amertume de la suite...



HRP: il s'agit de mon tout premier RP. Je n'ai jamais écrit comme ça, et par conséquent, je cherche à affiner mon style, en solo, en prévision de futur RP avec vous! Donc, si jamais vous avez des conseils, des suggestions, quoi que ce soit qui me permette de m'améliorer, je suis preneur! Envoyez-moi donc un MP si l'envie vous en prends Wink    
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Shado Kodokuna

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MessageSujet: Re: Les Larmes de la pleine Lune (Solo)   Jeu 16 Oct - 17:21

Chapitre 5 - Les choses sérieuses commencent !

Assis sur ma branche, je me souviens...

Je me souviens encore de l'excitation que je ressentais le jour de mes 15 ans. Enfin! Après six années d'attente, j'allais enfin accéder à l'entraînement des Lunes Rouges, la fierté du Royaume de Soriyeo! Il avait fallu encore patienter deux cycles, le temps que d'autres personnes fassent le chemin jusqu'au Temple, mais je n'étais plus à ça prêt.

Deux cycles, donc, après mes 15 ans, le Gouverneur nous avait réunis la nouvelle cuvée d'apprentis. Nous étions dix, cinq garçons, cinq filles, debout face au Gouverneur, flanqué de l'instructeur qui serait responsable de notre développement. Je me tenais légèrement à l'écart des autres apprentis, les observant pour me forger une première opinion à leur sujet. L'un d'entre eux se montrera-il digne de recevoir mes paroles? Je n'en sais rien. Il faudra attendre pour en apprendre plus. Nous nous trouvons dans la cour intérieure du Temple. C'est un lieu tranquille, assez verdoyant, avec plusieurs terrains d'entraînement aménagés ça et là, et des chemins pavés pour nous y mener. Le bâtiment centrale se dresse au-dessus de ce lieu, séparé seulement par quelques marches. C'est en haut de ces marches que les deux adultes se tiennent, tandis que les apprentis sont en contrebas. Personnellement, j'ai préféré m'adosser à un arbre adjacent, à seulement quelque mètres de mes futurs camarades. Les discussions entre eux semblent aller bon train, mais elle se taisent à l'instant même où le Gouverneur s'avance d'un pas. S'éclaircissant la voix, il débute son discours d'introduction:

Bienvenue à vous tous, ici au sein du Temple de Soyeo. Je me nomme Sakira Mura, et entre ces murs, je suis le Gouverneur, et par conséquent, ma mission est de superviser la vie au sein du Temple. Si vous êtes ici, c'est que vous aspirez tous à la même chose: devenir membre des vaillantes Lunes Rouges, l'élite des forces armées du Royaume de Soriyeo. C'est un long chemin qui vous attend avant que vous possédiez tous les qualifications nécessaires, mais je suis certain que vous donnerez votre meilleur! Ici présent à ma gauche, l'instructeur Kichirou Preecha sera en charge de votre apprentissage. Je puis vous assurer que vous vous trouvez entre de bonnes mains! Sur ce, je vous laisse, tout en vous souhaitant bonne chance.

Le Gouverneur tourna les talons, confiant d'un signe de tête la suite des opérations à l'instructeur Preecha. Ce dernier ne perdit pas une seconde:

Comme vous l'avez entendu, je suis Kichirou Preecha, instructeur pour les futures Lunes Rouges. La tradition ici veut que chacun se présente à ses camarades. Vous connaissez mon nom, donnez-moi donc le votre, ainsi que votre province d'origine.

Je levais la tête. Ce serait un bon début de connaître les noms de chacune des personnes présentes ici. Ce furent d'abord deux filles, qui semblaient être des jumelles, qui prirent la parole: elles semblaient se nommer Ya et Yoshiko Matsuiko. Puis une autre qui s'appelait Yu Kyung, puis une quatrième répondant au nom de Kotone Anong, et enfin la cinquième fille était Miu Wakahisa. Pourquoi n'avais-je pas fait attention à ces noms, à l'époque? Je ne puis le dire. Mais lorsque vint le tour des garçons de se présenter, sans que je me l'explique, ma concentration était à son maximum.

Je suis Kun Zheng, et à mes côtés se trouve mon meilleur ami, Tai Ken. Nous venons de la province de Feichong.

Encore deux personnes liées, c'était assez rare pour être souligné. Ceux là feraient probablement bande à part, pensais-je.

Mon nom est Ryou. Ryou Kawaguchi. Je suis de Gejyong.

Le deuxième garçon à avoir parlé était de petite taille, avec des cheveux très sombres et très courts. Il semblait constamment sur les nerfs, prêt à exploser. Je le voyais à sa face de se tenir, les jambes fléchies, les poings et la mâchoire serrés. Mais le dernier garçon à parler me laissait un sentiment étrange:

Je suis Fukui Kobayashi, originaire de la Province de Xingyun. avait-il dit.

Sans savoir pourquoi, la vue de ce Fukui me laissait un sentiment de méfiance. Posté à côté de Ryou, il en était l'antithèse pure. Grand, le teint hâlé, un sourire en coin constamment figé sur son visage. Et surtout, une posture nonchalante, transpirant la confiance qui émanait de lui. Soudain, il se tourna vers moi, et en penchant la tête, interpella l'instructeur Preecha:

Et lui, c'est qui? Pourquoi il ne se présente pas?

Tout en disant cela, il s'était approché de moi et m'observait, sans se départir de son sourire en coin. Il faisait une bonne tête de plus que moi. Comparé à lui, je ne devais représenter qu'un moucheron ridicule, avec mon physique sec, et mon épaisse chevelure flamboyante qui courait jusqu'au bas de ma nuque. Derrière Fukui, l'instructeur déclara en haussant les épaules:

C'est Shado. Shado Kodokuna. C'est un orphelin qui a été recueilli ici peu après sa naissance. Ne vous étonnez pas s'il reste muet, il ne parle pas. Enfin, il ne parle plus.

Le sourire sur le visage de Fukui s'était élargi, et en regagnant sa place, il lança tout haut:

Pas étonnant qu'il soit orphelin. Qui voudrait enfanter un pareil déchet? Sa mère a probablement eut honte de lui, et à préféré prendre sa propre vie plutôt que d'avoir à supporter la vue d'un étron dans son genre! Et en plus il reste muet? C'est qu'il doit avoir conscience de sa laideur. Au moins est-il suffisamment intelligent pour ne pas aggraver son cas à grands coup de paroles ridicules!

Sa remarque déclencha l'hilarité quasi-générale. Quand à moi, je m'étais crispé, et je pouvais sentir une veine battre fort contre ma tempe. Guettant la réaction de l'instructeur, m'attendant à ce qu'il réprimande cet avorton, quelle ne fût pas ma surprise de voir qu'il n'en serait rien... Pire, il m'avait semblé déceler un sourire sur le visage de Preecha. Ce dernier avait vite retrouvé son sérieux et annoncé:

Du calme les jeunes! Aujourd'hui, nous allons consacrer notre temps à la découverte du Temple. Nous allons vous montrer quelques reliques que nous conservons précieusement.

Puis l'instructeur fît signe à tout le monde de le suivre à l'intérieur. Quittant l'ombre de mon arbre, la tête basse, je voyais les choses plus clairement: personne, et surtout pas Fukui, ne serait digne de ma parole.


La visite du Temple m'avait semblé interminable. Quoi de plus normal, vu que j'avais passé ma vie entière à arpenter ces lieux? Mais, à la fin de la journée, la dernière pièce visitée réussie à elle seule à égayer les choses. Nous entrions dans une partie à laquelle on ne m'avait jamais laissé accéder. C'était une pièce spacieuse, lumineuse, alors éclairée par les derniers rayons de soleil d'une belle, quoique fraîche, journée de Naaok. Je me souviens bien de cette date... L'année 95 du onzième cycle. Mois de Naaok. Cycle lunaire 3. Pourquoi cette date est-elle ancrée dans ma mémoire? C'est car ce jour-là, j'ai vu pour la première fois les deux épées qui m'accompagneraient dans le futur.

Le reste de la pièce regorgeait d'objets intéressant: des armures, des arcs, des vêtements portés par d'illustres combattants. Mais je ne pouvais détourner mon regards des deux lames, soigneusement rangées dans leurs fourreaux, et qui formaient une croix sur le mur. Remarquant la lueur dans mes yeux, Fukui lança une nouvelle pique:

Et bien. Shado. Tu as trouvé de quoi mettre un terme à ta pathétique existence?

Alors que l'instructeur monologuait sur le tissu d'un habit ancien, il se tût, et déclara d'une voix grave:

Les lames qui reposent sur ce mur sont "Fuun" et "Zetsubo". Malheur et Désespoir. Ce sont deux épées extrêmement puissantes, parfaitement aiguisées, et le nombre d'être humain qui sont ressortis vivants d'une rencontre avec l'une de ces deux lames se comptent sur les doigts d'une seule main. Ces deux lames sont jumelles, et ont été forgées par la même main. Malheureusement, cette personne semblait animé de mauvaise attentions, puisqu'il a jeté une malédiction sur ses propres créations. Celle-ci stipule qu'à chaque fois que Fuun ou Zetsubo quittent leurs étuis, le sang devra couler sur leur lame avant que leur maître puisse rengainer. C'est à cause de cette malédiction que personne n'est autorisé à utiliser ces armes.

Le ton sérieux, grave, employé par Preecha démontrait clairement que ces deux épées n'étaient pas ordinaire. Pour autant, je ne pouvais dissimuler ma fascination pour ces deux reliques. Rien que la vue de leur poignée me faisait envie. Entièrement noire, on devinait de fines gravures incrustées, signe que Fuun et Zetsubo étaient en tout point des œuvres d'exception. On distinguait également une longue ligne rouge, courant tout le long de la poignée, ainsi que deux pierres précieuses parfaitement ronde, sur la partie haute du manche. Fuun était incrustée d'émeraude, Zetsubo de saphir. Et malgré les mises en garde de l'instructeur, j'en venais à rêver de tenir ces armes.

Après cette journée, l'entraînement, le vrai, avait commencé tambours battant. Le froid s'était fait quotidien à peine entré dans le mois de Daeing. Puis la Saison des Dieux n'avait pas été clémente, avec des conditions de plus en plus rude au fil des cycles. Puis les premières neiges envahirent le Royaume dès les premiers jours de Jing. Pourtant, rien de tout cela ne contrecarrait la progression de l'entraînement. Mieux, l'instructeur Preecha en avait profité pour nous initier au combat en condition extrême, et de ce fait faire grimper en flèche notre degré de résistance. Toutefois, la pratique du Sori Hossouko, ainsi que l'initiation aux armes, n'était évidemment pas délaissée. Pour moi, le plus dur n'était pas d'apprendre les mouvements et positions, puisque je les travaillaient depuis cinq ans, mais plutôt de ne pas montrer que j'en savais trop, vu que je n'étais pas censé posséder tant d'avance sur mes condisciples. Je gardais un œil attentif sur Fukui, qui n'avait eu de cesse de me provoquer depuis le premier jour. Il s'était imposé comme l'élément le plus charismatique du groupe, et il se trouvait sans cesse au centre de l'attention.

Si ça l'amuse... pensais-je. Ce n'est pas le charisme, ni la répartie qui font les grands guerriers. Sur un champ de bataille, la seule chance de survie provient de notre habileté arme en main.

De ce côté là aussi, il fallait avouer que Fukui se débrouillait bien. Il assimilait rapidement les choses, et appliquait les conseils qu'on lui donnait. Mais son ego déjà bien développé grandissait au fur et à mesure des séances, et c'était moi qui en pâtissait. Les mauvaises blagues, les piques sournoises, parfois les réelles invitations à en découdre se multipliaient. Je tenais tant bien que mal le choc, me refusant à l'affronter en dehors d'un cadre spécifique. Pourquoi m'y refusais-je, alors que je lui étais bien supérieur, malgré son talent certain? Elles m'étaient évidentes. J'avais à maintes reprises vus des apprentis être renvoyé du temple pour des bagarres. Mais j'esquivais l'affrontement aussi car Fukui ne se déplaçait jamais seul. Derrière lui, Ryou était toujours présent, et les deux meilleurs amis, Kun et Tai, n'étaient jamais loin eux non plus. Je n'avais aucun doute que si jamais je me mesurais à Fukui, les choses dégénéreraient rapidement en un quatre contre un. Alors je supportais les invectives, les petits coups destinés à me faire réagir, les mauvais coups. J'acceptais de me faire traiter de lâche, de faible, de tout ce qu'il voulait. Et si je n'en montrais rien, cela m'affectais énormément. Combien de nuit avais-je passé à pleurer en silence. Combien de fois, lors de mes entraînements nocturnes - que je poursuivais à raison d'une ou deux séances par cycles - la sueur qui perlait sur mon visage s'étaient-elle mêlée aux larmes de rage qui coulaient sur mes joues? Plus de fois que je ne saurais le dire. Mais je m'accrochais. Mes souvenirs de Waizu, la promesse que je lui avais faites, mais aussi de nouveau souvenir de l'initiation.

Année 97 du onzième cycle. Mois de Jiok. Cycle Lunaire 2. Ma première réponse à Fukui. Deux ans après le début de l'entraînement, l'instructeur Preecha avait organisé une série de combat entre les différents initiés. Par chance, je m'étais retrouvé face à Fukui. En apprenant cela, nous avions tous les deux souris, pour la même raison: nous étions sûr de notre force, et de l'obtention d'une victoire facile. Tous les deux vêtus de notre tenue d'entraînement rouge, nous nous étions avancés dans l'espace dégagé pour le combat. Autour de nous, il y avait bien plus de monde qu'à l'accoutumée. Manifestement, tout le monde au Temple était au courant de la pseudo-rivalité entre Fukui et moi, et chacun semblait impatient de nous voir en découdre. Face à face, Fukui ne se quittait pas son habituel sourire en coin, tandis que j'arborais un visage fermé, concentré. Soudain, avant que le combat ne commence, il lança:

Tu n'as vraiment pas de chance dans la vie, l'étron. D'abord, tes parents font le choix de la raison en t'abandonnant à ton triste sort. Puis tu décides de ton plein gré d'accepter ta condition de déchet et de recevoir le traitement qui en découle, en silence. Là où tu as manqué de chance, je l'avoue, c'est que tu es tombé sur moi. D'autres faibles auraient peut-être eu pitié de toi, et t'aurais traité comme leur égal, malgré l'évidence même que ce n'est pas le cas, mais moi, je suis du genre à apprécier que chaque chose soit à sa place. Et toi, ta place est en bas de l'échelle, avec ta tête sous mon pied. Et même aujourd'hui, tu manque de chance. Alors que tu avais une chance, pour une fois dans ta pathétique existence, de t'élever, ne serait-ce qu'un instant, à une meilleure condition que celle de déjection, j'ai été désigné comme ton adversaire. Moi! Le meilleur de nous tous! Parfois, je ressens de la pitié pour toi, Shado.

Je l'observe, impassible. Assez parlé, Fukui. Maintenant, c'est l'heure de voir ce que tu vaux vraiment. Pensais-je. L'instructeur Preecha ordonne le début du combat, et je me place en position de garde, de profil, la jambe gauche devant. Je laisse une légère ouverture, histoire de tester mon adversaire. Celui-ci plonge dedans sans hésitation. Il feinte un coup dans mon dos, et j'ouvre un peu plus la porte à son attaque, feignant d'avoir mordu à son hameçon. Un rictus mauvais déchire son visage alors qu'il pivote pour tenter un coup à la gorge. Tout se passe comme je l'avais prévu, et je bloque son bras à l'aide de mon bras droit. Sans montrer la moindre émotion, alors que la surprise suinte de ses yeux grands ouverts, je place un coup de paume sur son front, tout en débutant un balayage arrière à l'aide de ma jambe gauche. Sans couper le contact sur sa tête, je l'entraîne au sol. Toutefois, il aurait été trop facile de m'imposer ainsi. Je relâche la pression un quart de seconde avant l'impact, et Fukui en profite pour rouler en arrière. Cette fois, son sourire stupide à disparu. Mieux, il est fou de rage d'avoir été dominé ainsi. Je lui fait face, toujours dans ma position de garde. Cette fois, aucune ouverture, si lui est sérieux, alors je le serais aussi. Poussant un grand cri, il se lance à nouveau à l'attaque, feinte deux coups de pieds bas et bondit pour un coup de pied circulaire, ciblant l'arrière du crâne. Mon sang ne fait qu'un tour. Fukui est parti de trop loin, l'occasion est trop belle. Ce coup si difficile que j'ai mainte fois répété, voilà enfin ma chance de le réussir! Cette fois, je ne réussis pas à masquer mon sourire. J'entame la suite de mouvement mainte fois effectuées: faire passer le poids de mon corps sur la jambe arrière. Fait. Tourner la pointe du pied avant vers la cible. Fait. Je sais que je suis censé feinter un coup de pied bas pour entamer ma rotation, mais dans les circonstances actuelles, c'est obsolète. Entamer sa rotation à vitesse moyenne. Fait. Tout en me baissant pour donner plus d'impact à la prochaine étape, j'esquive la jambe de Fukui. Bondir. Fait. Je m'élève dans les airs pendant que lui retourne sur la terre ferme. Frapper le côté du visage. Fait. Mon pied rencontre sa tempe au moment où ses propres pieds rencontrent le sol. Finissant ma rotation, j'atterris gracieusement, tandis que, semi-conscient, le garçon qui m'a tant fait souffrir pendant tant de cycles chute la tête la première vers le sol. Dans un bruit sourd, il s'étale de tout son long, tandis que je suis debout, dans ma position initiale. Autour de moi, pas un bruit. Tout le monde semble sous le choc. Après un dernier regard vers Fukui, je pouffe avec ironie avant de quitter la zone de combat.

Assis sur ma branche, je me souviens à quel point je me sentais bien à cet instant précis. Mais manifestement, ce n'étais pas suffisant pour l'instructeur Preecha, qui trouvait encore à redire:

Shado, quand comprendras tu que dans un combat comme dans une guerre, l'offensive est le gage des grands hommes? Tu as peut-être gagné ce combat, mais Fukui, lui, a compris la mentalité d'une Lune Rouge. Ce que tu, malgré une vie passée ici, ne semble pas encore avoir fait.

Tout le bien-être que je ressentais c'était évaporé dans la seconde. Les yeux emplis de détresse, je fixais l'instructeur. Dans mon esprit, les pensées devenaient floues, mais je me rappelle avoir pensé:

Que voulez-vous de plus, Instructeur? Je viens de vaincre votre meilleur élève sans même bouger. Pourquoi n'admettez vous pas ma supériorité? Pourquoi me manquez-vous de respect ainsi? Et pourquoi personne ici ne trouve à redire? Mon expression transpirait maintenant la rage. C'est donc à ce point-là. Qu'il en soit ainsi. Puisque vous refusez de voir la vérité telle qu'elle est, et de reconnaître ma supériorité, je vais vous prouver que je suis de la trempe des plus grands. Un jour, vous serez tous sous mon commandement, et vous me devrez le respect. En attendant, profitez bien, car Shado Kodokuna arrive pour prendre vos places!
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MessageSujet: Re: Les Larmes de la pleine Lune (Solo)   Dim 19 Oct - 18:52

Chapitre 6 - Trop c'est trop

Assis sur ma branche, je me souviens...

Je me souviens ne pas avoir dormi la nuit qui avait suivi le combat. Trop enragé pour dormir, j'avais passé la nuit à frapper un des mannequins du dojo d'entraînement.

De son côté, humilié et vaincu, Fukui avait redoublé d'imagination et de cruauté pour me rendre la vie impossible. Toujours flanqué de son petit chien de Ryou, il alternait les provocations publiques, et les coups en fourbe. Combien de fois m'a-t-il plongé le visage dans mon assiette? Combien de fois m'a-t-il frappé avec un bokken à l'insu de tous pendant un entraînement? Combien de fois ai-je trouvé mon lit inondé d'eau, voire pire? Beaucoup trop de fois pour que je puisse les compter. Mes nuits blanches passées à pleurer, qui étaient déjà légion auparavant, étaient à présent quasiment journalière. Les choses en étaient arrivées à un point où lorsque je regardais mon reflet, je distinguait clairement le pourtour rougeâtre des mes yeux, résultat de ce mouvement devenu mécanique: essuyer les larmes qui coulaient. Assis sur mon lit - ou par terre en cas de mauvaise blague - le menton contre mes genoux, j'implorais dans un silence seulement entrecoupé par mes sanglots ou un ronflement bruyant.

Waizu... Pourquoi les choses vont-elles si loin? Tu m'avais dit que les gens se méfieraient de moi, mais tu ne m'avais pas mis en garde contre ça! S'il te plaît, papa, où que tu te trouves maintenant, s'il y a quoi que ce soit que tu puisses faire, je t'en supplie, viens-moi en aide...

Mais mes prières restaient vaine. Et jour après jour, je subissais la vengeance de Fukui, qui refusait d'oublier sa défaite. L'entraînement était à présent axé sur les arts de la guerre, le maniement des armes de corps-à-corps, des armes à distance, la tactique, la défense... L'instructeur Preecha nous avait invité à trouver notre arme de prédilection. Sans grande surprise, Fukui et moi-même nous sentîmes plus à l'aise avec l'épée. Mais secrètement, au cours de mes entraînements nocturnes, je développais un style inédit. Récemment, je m'étais mis à utiliser deux bokkens au lieu d'un seul, mimant ainsi le combat avec deux épées. Un style que je faisais mien un peu plus chaque fois que je me présentais face au mannequin. Ce style, je l'avais basé de la même manière que le Sori Hossouko. Une garde solide, et des attaques avec rotation. En faisant cela, je me rendais plus difficile à toucher, tout en conservant de mon côté une meilleure chance de réussite, puisque je manie deux lames. De plus, après plusieurs mois, je réussissais à ajouter une nouvelle rotation, celle des lames elles-mêmes. Je les faisaient danser entre mes doigts, modifiant ma prise, me rendant plus imprévisible.

Si la vie de tout les jours était difficile, l'entraînement en lui-même se passait bien. Les armes de corps-à-corps n'avaient plus aucun secret pour moi. En revanche, je n'étais pas particulièrement à l'aise dans le maniement de l'arc, mais je me rattrapais lorsqu'il s'agissait de lancer des senbons ou des couteaux.

Les choses prirent un nouveau tournant en l'an 98 du 11e cycle. Au mois de Avong, lors du quatrième cycle. Le grand moment était arrivé. L'examen final pour déterminer notre accession aux Lunes Rouges. L'instructeur Preecha s'était montré très clair:

Vous étiez dix au départ. Mais les Lunes Rouges représentant l'élite ultime du Royaume de Soriyeo, vous ne serez pas dix à l'arrivée. Vous allez vous affronter en duel. Le vainqueur est admis, le perdant rentre chez lui.

Cela avait jeté un froid. Après tant de travail, nous jouions notre avenir à quitte ou double. J'étais néanmoins sûr de ma force, et de ma capacité à battre n'importe quel adversaire. N'ayant jamais eu l'occasion de révéler mon style de combat à deux épées, c'était muni d'un seul bokken que j'attendais de connaître mon adversaire. Le destin me mit face à Ryou. En l'apprenant, j'avais ressenti une pointe de déception: j'aurai préféré affronter Fukui. Mais en y repensant, c'était peut-être mieux comme cela. Si Fukui était un abruti fini, on ne pouvait pas lui enlever un talent certain, et de bonnes aptitudes dans l'immense majorité des domaines. Il serait une bonne Lune Rouge. Mais il devra faire sans son fidèle Ryou. Celui-ci s'était révélé être un manieur de lance plutôt décent, mais se retrouver face à un épéiste comme moi ne lui donnait qu'une seule chance. Avec la taille de son arme, soit il me touchait du premier coup, soit c'était fini pour lui. Face à face, chacun dans un coin de la zone de combat, nous attendons le signal de l'instructeur.

Finalement celui-ci vint. Ryou se lança vers l'avant, tandis que je m'avançais d'un pas calme. Pointant sa lance dans ma direction, il initia son attaque. Cette dernière regorgeait de puissance, mais manquait de beaucoup d'autres choses. Tout d'abord, Ryou avait tenté de me prendre par surprise, mais il n'avait pas masqué son geste, et cela m'avait permis d'anticiper sur la zone qu'il visait. Deuxièmement, il s'était lancé de tout son corps dans le geste, et il était emporté par son élan. Cette erreur allait lui être fatale. D'un simple mouvement de poignet, je déviais sa lance et laissait les deux armes glisser l'une sur l'autre. Parvenu à portée d'attaque, je désarmais mon adversaire promptement, avant de le faire trébucher. Je me tenais à présent debout face à un Ryou désarmé et à genoux, mon bokken pointé sur son visage. Sans laissé transparaître quoi que ce soit, je pensais:

Et maintenant, instructeur? Qu'allez-vous trouver à redire cette fois? J'ai gagné, vous êtes obligé de m'accepter en tant que Lune Rouge!

Alors que je tournais la tête vers l'instructeur, cherchant son approbation, ou du moins attendant qu'il me proclame vainqueur, je ne perçut que trop tard un mouvement dans mon dos. Quelque chose percuta avec force le milieu de mon dos. Tombant à mon tour à genoux, je me contorsionnait pour comprendre. Les choses m'apparurent très vite claire: Fukui était intervenu et m'avait frappé en traître. Une bassesse de sa part ne m'étonne qu'à moitié cependant... Mais il ne s'arrête pas là, et continue de me frapper alors que je suis au sol. J'esquive tant bien que mal ses coups, auxquels viennent s'additionner ceux de Ryou, qui a brusquement retrouvé de l'allant. Je sens la douleur se propagé dans mon corps, et le sang commencer à perler de quelques plaies. Heureusement, cela ne dure qu'une quinzaine de secondes, avant que des responsables n'interrompent l'assaut. Par-dessus les cris rageurs et emplis de haine de Fukui, couplé à un bourdonnement douloureux dans mes oreilles, je peine à entendre:

C'est bon Fukui! Calme-toi maintenant!

Ryou, pas la peine d'en faire plus, alors recule!

Attendez... Ces voix... Ne sont pas celles d'un quelconque responsable, et sûrement pas celle de l'instructeur Preecha. La lumière se fait peu à peu: ce sont Taï et Kun qui ont repoussés l'attaque! J'ai du mal à y croire, mais petit à petit, les choses font sens. Ces deux-là n'ont jamais vraiment été dans les manigances de Fukui. Parfois, il riaient aux blagues de ce dernier, mais jamais ils n'ont pris part à une quelconque blague. Les yeux mi-clos, alors que je me sens quitter le sol, la dernière chose que j'entends est la voix de l'instructeur:

Vainqueur du combat: Ryou Kawaguchi

Non. Impossible! Le monde s'écroule autour de moi, alors qu'à peine conscient de ce qui m'entoure, la vérité m'apparaît claire comme de l'eau de roche: j'ai perdu. Je ne deviendrais jamais une Lune Rouge.

J'ai été transporté à l'infirmerie, où j'ai reçu les soins nécessaires. Maintenant, tout ce que je peux faire, c'est pleurer mon échec, issu d'une énorme injustice. J'avais désarmé Ryou, et je le tenais à ma merci. Pourquoi le combat n'a-t-il pas été interrompus. Derrière la cloison, je distingue une masse d'ombre, et en me concentrant, j'arrive à percevoir dans la conversation que je ne suis pas le seul à me poser des questions.

Pourquoi est-ce que vous avez déclaré Shado perdant? Il a gagné!

C'est vrai, il avait désarmé Ryou avant que Fukui ne l'attaque par derrière!

Shado n'a pas terminé le combat, en n'achevant pas son adversaire. Ce refus de faire le nécessaire est l'apanage des faibles. Ryou a terminé le combat, et par conséquent, il est le vainqueur légitime.

Mais... c'est injuste!

La guerre elle-même est injuste. Des gens bons, des gens extraordinaire y ont trouvés la mort, alors que certains couards et autres bandits la traversent sans la moindre égratignure. La seule vérité sur la guerre, c'est qu'il faut savoir faire le nécessaire, même si ça ne nous plaît pas. Shado s'en est montré incapable, ce qui signifie que dès demain, il sera prié de quitter le temple.

Allongé sur mon lit, je me creuse les méninges:

Alors puisque j'ai refusé d'achever Ryou, je dois quitter le lieu où j'ai grandis? C'est vraiment injuste, comme dit... Miu? Oui, aucun doute, c'est Miu Wakahisa qui a parlé d'injustice. Et avant cela? Il me semble bien que Yu et Kotone sont également venues me défendre. Et derrière, j'ai aussi entendu des "Oui" d'approbations. Se pourrait-il que les jumelles soit également venues pour protester?

Des bribes de paroles indistinctes me parviennent, et la seule chose que je peux en tirer, c'est qu'il s'agit bien des cinq filles qui sont venues tenter de m'aider. Des larmes de reconnaissance roule sur mes joues, tandis que mon esprit ne peux formuler qu'une seule phrase: Merci. En fin de compte, vous cinq étiez digne de ma parole.

Cette pensée en amène une autre: jamais elles ne m'entendront parler, car j'ai été recalé, et je vais devoir quitter le temple dès demain. Les larmes de reconnaissance laissent place à des larmes de rage. Je pleure jusqu'à la nuit tombée. J'enrage de comprendre qu'après une vie entière dédiée à l'entraînement, mes efforts ont été anéantis en une seconde. Je laboure les oreillers de mes poings, donne des coups de pieds en tout sens. Preecha a raison: la guerre est injuste. Mais la vie l'est tout autant. J'en ai assez. Trop c'est trop. Demain je quitterais ce temple de malheur ou je n'ai connu que souffrance, malheur et désespoir.

Malheur et désespoir. Ces deux mots résonnent dans mon esprit. Les joues inondées de larmes, je quitte l'infirmerie. La lune est haute dans le ciel, et je pourrais presque croire que je me rends à un nouvel entraînement nocturne. Mais cette fois, ma destination est tout autre. Mon visage scintille par endroit à cause des larmes éclairées par la lumière de l'astre que je tenais tant à représenter. Mes pas me mènent là où tout à commencé. La pièce où sont conservés les artefacts précieux. La cloison refuse de s'ouvrir. Mais je me refuse à abandonner, et d'un coup de pied, je perce une ouverture assez grande pour m'introduire dans la pièce. Là, je les vois. Accrochée sur le mur nord, formant une croix, soigneusement rangée dans leurs étuis, de sorte que seul leurs manches noirs incrustés de gravure et de pierre précieuses soient visibles. Fuun et Zetsubo. Malheur et désespoir. Les lames jumelles maudites. D'un pas presque révérencieux, je m'approche d'elles. Lorsque je les saisis, les mots de l'instructeur me reviennent en tête.

Si les lames sortent de leurs étuis, elles ne pourront être rengainée avant de sentir le sang couler. Quiconque accompli cette malédiction liera son âme aux lames.

Au Diable Preecha! penses-je. Je n'ai plus rien, à cause de vous. Vous et votre médisance. Vous craigniez que je sois un démon, vous aviez tort. Je peux être bien pire. Et vous allez en faire l'amère expérience. Waizu... désolé, mais je suis à bout.

Dans la pièce, en plus des épées, je dérobe une armure légère, exclusive au haut du corps. Elle ne me sera d'aucune utilité si je suis frappé par une lame, mais face aux flèches, elle fera l'affaire. Je troque ma tenue d'apprentis pourpre contre un habit complet noir. Enfin, je me munis d'un long vêtement de voyage noir. Doté d'une large capuche, il me permettra de me déplacer incognito de nuit. Il enveloppe mon corps tout entier. Je complète mon équipement en attachant Fuun et Zetsubo dans mon dos, à l'aide de deux carquois que je perce pour laisser passer le fourreau, avant de relier le tout sur mon pectoral droit. Je pourrais m'enfuir dès à présent, mais j'ai une dernière chose à accomplir avant cela.

Pour la toute dernière fois, je rentre dans le dortoir des hommes. J'y avais emménagé au début de l'entraînement. Cela m'avait fait de la peine de quitter la chambre de Waizu, me je le comprenait, vis-à-vis de mes camarades. Ce soir-là, je trouvais, comme d'habitude, Fukui, Ryou, Kun et Taï assoupis, Ryou ronflant bruyamment. Je dégaine mes deux nouvelles acquisitions. Aussitôt, je ressens le changement. Je perçois la rage dans mon propre corps. Je la retranscrit en puissance, complètement asservis au besoin des mes lames de sentir le goût du sang. M'approchant du lit de Fukui, je l'observe quelque secondes, avant de fermer les yeux et de penser:

Ô Guan Di, Dieu de la Guerre, je te sacrifie cet homme. Puis, à destination de Fukui lui-même. Fukui, j'espère sincèrement que tu vas payer pour tout ce que tu m'as fait subir. Va brûler en enfer.

D'une main ferme, transfigurée par la haine, j'approche Fuun de mon ennemi, et d'un geste précis, net et sans bavure, je lui tranche la gorge. Lorsque Fukui expire son dernier souffle, je sens une intense brûlure dans ma main droite, la main qui tient Fuun. Les gravures s'incrustent dans ma chair, et la sensation de brûlure, qui aurait dû me faire souffrir atrocement, me semble être une douce chaleur, semblable à celle d'un feu près duquel on met ses mains lors des longues nuits froides de l'hiver. Laissant le sang couleur le long de la lame, je me tourne vers le lit de Ryou. Quelques gouttes de sang s'écrasent sur le sol. Arrivé devant celui qui m'a coûté ma place chez les Lunes Rouges, je répète ma prière, avant d'ajouter:

Tu as toujours été faible. Ton assassinat est mon dernier cadeau aux Lunes Rouges. Tu représentais un boulet pour Soriyeo. Brûle en enfer.

Cette fois, c'est Zetsubo que j'utilise pour mon méfait. De nouveau, je sens la brûlure parcourir ma main gauche. En même temps, je ressens du soulagement. S'en est fini de ces deux individus malfaisant, profondément mauvais et pour l'un d'entre eux, incapable. J'aurais pu, j'aurais même dû, en rester là. Mais l'odeur du métal des lames maudites, le son du sang qui goutte sur le sol... Tout cela me rend extatique. Je ne peux en rester là! Je pourrais aller me charger de l'instructeur Preecha. Il le mériterait. Mais pénétrer dans le dortoir des adultes serait trop risqué. Sans l'entendre, je perçois le murmure des lames, m'indiquant la présence de deux autres cibles dans la pièce. Kun et Taï. Dans mon état normal, je m'y serais catégoriquement refusé, arguant qu'ils m'ont sauvés aujourd'hui même.

Mais tu n'aurais pas tué Fukui et Ryou si tu avais été dans ton état normal. me dis-je.

Et puis, c'était si simple, si jouissif que de décider qui allait vivre ou mourir! Je ne résiste pas à l'appel du sang, et après avoir remercié chacun des deux meilleurs amis pour leurs actes plus tôt dans la journée, j'offre un nouveau sacrifice aux lames jumelles. Puis je les rengaine, avant de quitter le dortoir pour la dernière fois. Je traverse le temple, rassemblant dans un baluchon quelques vivres, avant de sortir. Par la grande porte. Me retournant une dernière fois, je jette un regard dédaigneux à l'édifice, avant de m'enfoncer dans la nuit.

Assis sur ma branche, je me souviens bien que c'est cette nuit là que j'ai tué pour la première fois, pas encore âgé de 19 ans...
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MessageSujet: Re: Les Larmes de la pleine Lune (Solo)   Jeu 23 Oct - 21:31

Partie 3 - L'ombre
Chapitre 7 - A la conquête de l'Est

Assis sur ma branche, je me souviens...

Je me souviens qu'après avoir escaladé la montagne, au creux de laquelle avait été battis le Temple, j'avais pris une minute pour observer mon ancienne "maison", en contrebas. Le vent soufflait modérément, soulevant mon vêtement de voyage. Je m'étais ensuite interrogé sur ma destination. Je n'avais jamais rien connu d'autre que la vie monotone du Temple, et au beau milieu de la nuit, me voilà partis à la découverte du Monde. Je pourrais tenter de retrouver mes parents. Waizu m'avait dit avant de mourir que le plus probable était qu'ils vivent à Gejyong ou à Xingyun, mais il n'était pas certain que ce soit le cas. Comme il n'était pas certain qu'ils soient toujours en vie. Et puis, avais-je vraiment envie d'en apprendre plus à leurs sujets? Peut-être un peu, mais pas assez pour me décider. En réalité, ce que je voulais, c'était connaître à nouveau la tranquillité. Vivre dans un lieu calme, où je pourrais me fondre dans la masse. En me rendant compte de cela, ma destination tombe sous le sens: la Province d'Altainan est ce qu'il y a de mieux pour moi. Si je me rappelle de nos leçons de géographie, je dois marcher vers l'est. Je devrais en avoir pour trois, peut-être quatre jours. Les quelques vivres emportés avec moi devraient suffire. Au besoin, je devrais bien trouver du gibier à chasser sur la route.

Je me souviens avoir vécu l'inconnu dans son meilleur et son pire. Son meilleur, car je me sentais enfin libre après une vie enfermée dans la même enceinte, à subir les regards méfiants, les provocations, et tout ce qui s'en était ensuivi. Le pire, car je n'avais jamais rien connu d'autre que ces regards, ces provocations, et tout le reste. Je vais devoir faire face à des situations inédites, chaque jours. J'attends ces nouvelles expériences avec autant d'impatience que de méfiance. Et si je devais à nouveau me servir des épées? Mon destin me conduira-il à tuer à nouveau? Je ne suis pas un meurtrier. Je n'ai pas pour vocation d'assassiner des gens pour le plaisir de le faire. J'ai passé ma vie à me préparer pour devenir une Lune Rouge, pour protéger les citoyens du Royaume.

Et pourtant tu n'en demeures pas moins un meurtrier. Me susurre une voix dans ma tête. Tu as déjà tué quatre personnes, dont deux pour la simple extase et le frisson procuré par l'action de donner la mort à autrui !

Non, ça c'était différent. Je n'étais plus moi-même. Aveuglé par la rage, la détresse d'avoir échoué injustement, j'ai perdu mon sang-froid. J'étais asservi au désir des lames maudites. Si jamais je venais à dégainer de nouveau, je n'agirai pas de la même manière. N'est-ce pas? Ou suis-je incapable de résister à l'emprise des épées jumelles? Suis-je un assassin? La voix dans ma tête - quelle est-elle d'ailleurs? - n'a de cesse de chuchoter ce mot, qui tambourine dans mon crâne, inlassablement. Je m'efforce de la chasser. Je refuse de passer le restant de mes jours à tuer pour vivre.


Je me souviens avoir totalement sous-estimé mes provisions. Elles n'avaient tenues que pour trois repas. En même temps, peut-être était-ce un peu ambitieux de conserver un rythme de deux repas journaliers lorsque l'on se trouvait en rade de nourriture. Je continuais ma route, le ventre vide, et à la nuit tombante, je croisais la route d'une caravane marchande, qui partait d'Altainan pour apporter quelques unes des merveilles marines aux habitants de Xingyun. Ces quelques poissons avaient provoqués moult gargouillements de mon estomac, et plein d'espoir, je m'étais approché du voyageur, demandant sa bienveillance, symbolisée par le don d'un de ses poissons, où de n'importe quelle autre forme de nourriture. Il avait immédiatement, et sèchement, refusé. Et alors qu'il allait passer son chemin, j'avais été jusqu'à abandonner toute dignité, en m'agenouillant devant lui, le suppliant de me donner quelque chose à manger. A nouveau, il s'y était refusé, arguant que ces denrées étaient destinés à ceux qui sauraient se l'offrir. Il m'avait ensuite laissé là, à genoux, épuisé, affamé, sanglotant sur mon propre sort. A nouveau mon chemin croisait celui d'un être sans la moindre notion d'humanité. Sans cesser de sangloter, je me souviens m'être redressé, et le corps secoué de tremblement, liés à la fois à mes pleurs et à ma haine grandissante du genre humain, j'avais sortis Fuun de son fourreau, avant de décapiter prestement le marchand. Ce soir-là, j'avais fait brûler son corps avec son chariot, créant un formidable brasier, et je m'étais régalé des différents aliments à ma disposition, avant de m'endormir le ventre plein.

A mon réveil, alors que les dernières cendres finissaient de se consumer, la vérité était apparue froide comme une lame à mes yeux: j'étais bel et bien devenu un assassin. Les souvenirs de mon cinquième meurtre m'apparaissaient très clairement: cette fois, je n'étais pas soumis au bon vouloir d'un quelconque démon scellé dans une épée. J'avais fait couler le sang de mon propre chef. Assis sur le sol froid du petit matin, il m'avait fallu quelques minutes pour accepter la réalité. Ainsi donc, mon destin n'a jamais été de devenir une fière Lune Rouge. Je ne serais jamais le héros de guerre que j'avais tant de fois rêvé d'être. Dans l'histoire, je ne serais que celui qui a cédé à la tentation des épées maudites. Alors que je reprenais ma route vers Altainan, une réflexion s'engageait dans mon esprit encore embrumé par le sommeil.

Un Assassin... Tel était donc le destin que les Dieux ont conçus pour moi. Moi qui rêvait d'exploit guerrier en tant que Lune Rouge. Moi qui m'était tant de fois imaginé triomphant seul d'une menace terrible et inédite pour le Royaume... Mais mon rêve s'est envolé lorsque cet avorton de Fukui m'a frappé dans le dos. Aujourd'hui son âme aussi s'est envolée. Il aurait été la parfaite Lune Rouge, bien docile et obéissante à ses supérieurs. Tout compte fait, cette vie n'était peut-être pas faite pour moi. J'ai toujours été plus solitaire. Non, définitivement, mon destin n'est pas celui du héros. Peut-être dois-je être l'ennemi. Peut-être... Mais il est trop tôt pour que j'y réfléchisses vraiment.  

Assis sur ma branche, je me souviens ne pas avoir fait attention au regard des passants, qui observaient une silhouette noire avancer dans la cité, la lumière orangée du soleil levant baignant son être tout entier.


Dernière édition par Shado Kodokuna le Sam 25 Oct - 21:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les Larmes de la pleine Lune (Solo)   Sam 25 Oct - 21:37

Chapitre 8 (partie 1) - L'Assassin de la Forêt.

Assis sur ma branche, je me souviens...

Je me souviens de mon entrée dans Altaïnan. J'avais marché droit vers l'est, depuis le Temple, jusqu'à pénétrer dans une forêt. Là, j'avais continué sans dévier de ma direction initiale, pour finalement déboucher sur la ville elle-même, construite dans une clairière. Le soleil levant perçait les feuilles des arbres, et inondait les alentours d'une lumière orangée. Perdu dans mes pensées quand à ma destinée, ce n'est qu'après une ou deux minutes que je me rendis compte que j'étais parvenu à bon port. Levant la tête, je pu constater qu'à l'instar du Temple, l'architecture était minimaliste, sans surplus, et ce n'était pas pour me déplaire.

Néanmoins, être arrivé ne m'apportait rien, dans la mesure où j'étais sans le sou. Comment allais-je m'offrir à manger? Comment dormirai-je cette nuit? Tant de questions auxquelles j'allais devoir répondre le plus vite possible. Ainsi, durant le reste de la journée, je déambulais sans savoir où aller, et ce n'est qu'à la nuit tombée que les choses prenaient une nouvelle tournure. Jusqu'alors, les gens à qui j'avais demandé de l'aide ne s'étaient pas montrés coopératifs, la plupart du temps en restant polis, parfois plus grossièrement.

Et bien, on m'aura trompé. M'étais-je dis. Waizu m'avait souvent parlé d'Altaïnan comme d'une province où malgré l'absence de richesse, les gens se montraient généreux et aimant vis-à-vis de leurs prochains.

Mais Waizu avait passé une vie entière au Temple, s'était-il seulement rendu à Altaïnan au moins une fois? Probablement pas. Mais alors que je me cherchais un recoin tranquille où je pourrais m'allonger pour la nuit, un homme à l'allure étrange s'approcha de moi. Il était de petite taille, ou du moins apparaissait-il ainsi car il marchait tel un vieillard, ratatiné sur lui-même. Mais lorsqu'il parvint à ma hauteur, je vis qu'il n'était en rien un ancien. Il avait l'œil vif, une expression méfiante fixé sur le visage en toute circonstance, comme s'il vérifiait qu'aucune forme de police ne se trouvait aux alentours. Comme s'il avait commis un crime et qu'il espérait ne pas être arrêté. Vêtu d'un kimono brun, manifestement de bonne facture, il engagea la conversation d'un ton badin:

Alors à ce que je vois, on est un nouvel arrivant qui ne sais où aller, n'est-ce pas?

Je tournais la tête pour l'observer. Il avait des cheveux coupés très courts, et un petit bouc, tout deux d'un teint très sombre. Toujours sans quitter son état d'alerte, et en observant mon expression interrogative, il repris, toujours d'un ton commun:

Je suis Sanjiv Jain, et je peux vous aider. Je vous offre le gîte et le couvert, en échange, de temps à autre, de vos... talents.

Je fronçais les sourcils. Que voulait-il dire?

Mes talents? lui demandais-je, intrigué par cette homme aux allures de vieillard, mais qui était encore jeune. Ce dernier eut un petit rire nerveux, alors qu'il ne cessait d'inspecter à droite et à gauche. D'un ton sensiblement plus confidentiel, il s'expliqua:

Voyons, un long manteau noir, deux épées dans votre dos, vous cachez votre visage, et vous dégagez une aura de force... Vous êtes un de ceux qui ne sont pas dégoûté par la vue du sang, non?

Je commence à comprendre ce qu'il entend. Il voit en moi un Assassin. En suis-je réellement un? Le doute s'installe en moi. Si je réfute son hypothèse, ce serait en quelque sortes un mensonge. Si je ne suis pas initié aux arts létaux, à proprement parler, le fait d'ôter la vie d'autrui, de sang-froid, ne fait-il pas de vous un assassin par défaut? Mais d'un autre côté, répondre par l'affirmative à cette hypothèse, et je bascule définitivement de l'autre côté. J'abandonne mes derniers rêves d'héroïsme, et je deviens à jamais un ennemi.

En plus, la nouvelle de mes actions au Temple s'est sûrement déjà propagée à toutes les garnisons de Lunes Rouges du Royaume. Une centaine d'entre elles sont stationnées à Altaïnan... Si elles me trouvent durant la nuit, je ne suis même pas sûr qu'elles prennent la peine de me réveiller pour m'exécuter. Parvenant à l'inévitable conclusion, je finis par répondre au dénommé Sanjiv: En effet, mon maniement des lames me permet de causer quelques dégâts, assez importants la plupart du temps, si vous voyez ce que je veux dire.

Un sourire barra le visage de mon interlocuteur. Je vois, c'est bien ce que je pensais. J'aurai grandes nécessités d'un homme tel que vous. Une ombre, sans attaches ici. Capable d'aller et venir sans attirer l'attention. Et de tuer discrètement. C'est ce genre de talent qu'il vous faudra mettre à profit si vous travaillez pour moi.

Maintenant c'est clair, je suis bel et bien devenu un Assassin. J'ai un employeur, pour qui je vais me salir les mains. J'accepte la main que l'homme me tend, et je le suis chez lui.

Durant huit mois, j'ai ainsi vécu dans la demeure de Sanjiv Fain, accomplissant de nombreux assassinats pour son compte. Il s'agissait quasiment exclusivement d'aider les affaires de mon employeurs à se développer. En effet, Sanjiv avait développé un empire florissant dans deux domaines majeurs de l'économie d'Altaïnan: les herbes médicinales et le bois. Exploiter la forêt était primordial pour tout entrepreneur désireux d'augmenter ses revenus. Alors je tuais les chefs des groupes concurrents. Parfois, je devais aussi me charger de certains employés de Sanjiv, qui, mécontent de leur salaires, ou de leurs conditions de travail (ou des deux), menaçaient de révéler les agissements de son patron, et, lorsque c'était encore possible, de quitter l'affaire pour rejoindre la concurrence. Ces missions s'avéraient plus délicates, car elles requéraient une haute rapidité d'exécution. Moins de préparation était égale à une plus grande prise de risque. De plus, avec les cycles qui s’enchaînaient, ma réputation à Altaïnan avait fini par se faire. Les forces armées de la province étaient sur le qui-vive. En cette fin de l'Année 98 du 11e cycle, au Mois de Daeing, 4e Cycle Lunaire, Sanjiv m'avait fait appeler. Il était à présent devenu un homme riche et puissant, peut-être même LE plus riche. Depuis quelques cycles, je sentais qu'il avait changé. En quelque sortes, le pouvoir lui était monté à la tête, et il en devenait paranoïaque. Avec l'immense sourire qui caractérisait son visage dès qu'il avait un assassinat à me confier, il commença en écartant les bras:

Ah! Mon ami! J'ai une nouvelle mission à te confier. Au nord de la ville, il y a une petite échoppe, qui a réussie à se tailler sa part du gâteau. C'est un forgeron. L'homme qui tient cette boutique est un homme intelligent: sachant qu'il est le seul marchand-forgeron du secteur nord de la province, il en profite pour vendre ses créations, et notamment ses armes, à des prix exorbitants.

J'ai entendu parler de cette forge. Il parait que les dagues qui y sont fabriqués sont d'excellentes factures. Avais-je répondu. Mais il ne s'agit pas de votre domaine de commerce, alors pourquoi m'envoyer là-bas?

Sanjiv s'était levé, et m'avait tapoté l'épaule. Tu sais, mon ami, je suis un homme honnête, qui n'oublie pas d'où il vient. L'un de mes amis possède lui-même un commerce d'armes. Il ne fabrique pas, mais il reçoit des arrivages de tout le Royaume, et parfois même de nos voisins des Empires. Mais l'arrivée de cette terrible concurrence le menace! Tu comprends ça, j'en suis sûr. Entre amis, il faut s'entraider.

Balivernes... avais-je pensé si fort que j'en étais venu à me demander si Sanjiv ne l'avait pas entendu lui-même. Tu m'as fait tuer des soi-disant "amis" à toi sur la simple suspicion qu'ils souhaitaient te dérober ton argent au moins une demi-douzaine de fois. Je me suis même chargé d'un de tes cousins qui, selon toi, t'extirpais quelques sous pour des raisons douteuses...

Mais je ne dis rien. Au lieu de ça, lorsque Sanjiv me demande clairement de tuer le forgeron dans les plus brefs délais, j'acquiesce, tourne le dos et me rend de ce pas à la boutique. Il n'est pas forcément très tard, mais hiver oblige, la lune à déjà fait son apparition. Je la regarde avec mélancolie. C'est ce qui arrive immanquablement lorsque je jette un regard à l'astre pour lequel j'avais acquis la maîtrise des lames.

Ramène-moi donc une de ces dagues qui semblent de si bonne qualité, tant que tu y seras. Avais ajouté Sanjiv. Caché derrière l'un des innombrables arbres environnant, j'attends que la voie vers l'entrée se libère. Lorsque enfin une ouverture se présente, je la saisis immédiatement. M'introduisant discrètement dans la boutique, j'inspecte rapidement les lieux. Personne. Ma cible doit sûrement se trouver à l'arrière. Sans faire le moindre bruit, je me faufile derrière le comptoir, et me risque à jeter un œil dans l'embrasure d'une cloison semi-close. Là, je distingue clairement le forgeron. De haute stature, il n'a presque plus de cheveux, mais possède en revanche une barbe imposante. Il se trouve à son atelier, en train de forger je-ne-sais quelle arme. Je dégaine Zetsubo. C'est son tour de sentir le sang. Car oui, durant ces huit mois, la seule fois où j'ai du me servir des lames jumelles simultanément fût lorsque qu'une patrouille de cinq gardes m'avait surpris en train de trancher la gorge d'un quelconque rival de mon employeur. Je n'avais alors eu d'autres choix que de les décimer un à un. Mais hormis cet incident, j'utilisais mes épées maudites à tour de rôle, sans oublier, évidemment, de continuer d'affiner mon double maniement.

C'est donc Zetsubo fermement tenue dans ma main droite que je m'engouffrais brusquement dans l'atelier. Avant même que le forgeron n'ai réagi, le tranchant de la lame caresse le côté gauche de sa gorge. Par mesure de précaution, j'envoie valser l'objet dont ma cible s'occupait, avant de le fixer, droit dans les yeux. Une expression triste s'est affichée sur son visage. Malgré tout, il ne pleure pas. Au contraire, c'est d'une voix calme et sage qu'il s'adresse à moi:

Ainsi donc, la rumeur disait vrai. La "Lame du Chaos" n'est pas qu'une légende... Il marque une pause avant de continuer. C'est donc ici que les dieux ont choisis d'arrêter mon chemin. Et bien soit, j'accepte ce sort. Maintenant, Assassin, fait ce pourquoi tu as été envoyé.

Le regard grave, j'acquiesce imperceptiblement. C'est un homme incroyablement sage qui me fait face. Et il n'a rien fait pour mériter le sort qu'il est sur le point de subir. Mais tel est le souhait de Sanjiv. Parfois, j'aimerais pouvoir contester ses décisions, mais rien ne saurait altérer l'esprit chaque jour plus dérangé de mon employeur. Et puis, sans lui, je ne suis plus rien qu'un sans-abris, un homme sans la moindre pièce d'or, avec pour seul talent le meurtre. Résigné à prendre une nouvelle vie, je déplace légèrement Zetsubo à l'écart de la chair, afin d'être sûr de décapiter d'un seul coup. Mais alors que j'allais nourrir la lame, je perçois un mouvement. Stoppant net mon mouvement, je porte immédiatement ma main libre sur le manche de Fuun, mais je ne dégaine pas. Pas avant de savoir ce qui a bougé. C'est alors que je le vois. Derrière l'établis du forgeron, se trouve une autre cloison, qui mène probablement à la partie résidentielle du bâtiment. Là, à travers la porte ouverte à moitié, je distingue le visage d'un petit garçon. Un fils. C'est à n'en pas douter, et une observation plus poussée de son visage me le confirme: la ressemblance est frappante. Dans la main du garçonnet pend une épée en bois. L'enfant me fixe bizarrement. Comprend-il ce qu'il se passe? Je ne puis en être sûr. Avec d'infinie précautions, le forgeron tourne la tête vers l'enfant. Lorsqu'il reporte son attention sur moi, il a les larmes aux yeux. C'est alors que s'enclenche, sans que je m'en rende vraiment compte, une importante réflexion dans mon esprit.

Je vais tuer un père sous les yeux de son enfant... Mais depuis huit mois, sans le voir, combien de père, combien de mari, ai-je tué? Combien de veuve, combien d'orphelin, combien de pleurs, combien de tombe? De combien de tout cela suis-je le responsable. Tout ça pour l'égoïste désir de dormir dans un lit et de pouvoir se remplir la panse, alors que d'autres se tuent pour nourrir les leurs. Et telle est donc ma destinée d'Assassin? Briser des familles?

En pensant à cela, je recule d'un pas, les yeux écarquillés. Maintenant, tout comme l'enfant caché derrière la cloison, mon épée pend également, comme un prolongement de mon bras. Le forgeron ne me quitte pas des yeux, et d'une voix calme, transpirant toujours autant la sagesse, mais trahissant également sa peur vis-à-vis des mots qu'il s'apprêtait à prononcer.

Assassin... Cette épée que tu portes, j'en connais la légende. Tu ne peux plus faire marche arrière...

Je sais... penses-je. Mais je ne puis m'y résoudre. Et pourtant, le sang doit couler... Ce n'est qu'à ce moment là qu'une solution se forme dans mon esprit. Retrouvant ma contenance, je fait face au forgeron. Puis, j'entaille mon propre visage. Une coupure nette, juste sous l'œil droit. J'attends que le sang coule un peu sur Zetsubo avant de le rengainer. Les larmes aux yeux, le forgeron ne peut que souffler, dans un premier temps, le plus beau de tout les mots: Merci.

Puis, alors que je tournais les talons, il réussit à trouver la force de m'interpeller à nouveau: Je ne sais ce qui vous a amené à choisir ce chemin dans la vie. Mais vous m'avez prouvé que vous êtes un homme bon.

Assis sur ma branche, je me souviens ne rien avoir répondu. Seulement avais-je quitté la boutique, puis la province. Vagabondant sans but, je laissais Altaïnan et Sanjiv derrière moi, avec pour seul souvenir le filet de sang qui coulait de la coupure auto-infligée, telle une larme, sous la pleine lune de Daeing.


HRP : Je coupe ce chapitre 8 en deux partie, car j'ai trouvé les Chapitres 5/6 beaucoup trop long. Par ailleurs, vos avis sont toujours plus que bienvenues Very Happy
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Shado Kodokuna

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MessageSujet: Re: Les Larmes de la pleine Lune (Solo)   Mer 29 Oct - 23:22

Chapitre 8, partie 2 - Une once de justice

Assis sur ma branche, je me souviens...

Je me souviens avoir quitté Altaïnan en l'An 98 du 11e cycle, au mois de Daeing, le 4e Cycle Lunaire. Durant toute ma période sur les routes de Soriyeo, je n'ai vécu que de maigre chasse, et en certaines occasions, de raid sur des caravanes marchandes qui passaient par là. Les provisions récupérées lors de ces attaques me permettaient souvent de vivre un Cycle entier. Hormis cela, il ne s'était passé qu'un seul événement marquant, durant cet épisode de ma vie. C'était en l'An 99 du 11e Cycle, au mois de Masok, le 1er cycle Lunaire, soit trois mois après mon départ de la province côtière. Un homme m'avait interpellé. Il ne s'agissait pas d'un marchand, car il ne transportait rien. Un voyageur seul, emmitouflé dans un riche vêtement de voyage, qui flottait dans une légère brise. Le soleil était à son zénith, et à l'ouïe de la voix de l'homme, je ne pus que me crisper.

Cette voix, c'était celle de Sanjiv. Il ne pouvait subsister le moindre doute. Ce dernier arrivé à ma hauteur, il commença, le souffle court:

Mon ami... Où étais-tu passé? Cela fait plusieurs cycles que je te cherche à travers tout le Royaume...

Et bien, tu as fini par me trouver...

Je ne sais pas ce qu'il t'es passé par la tête, mon ami... Mais il faut que tu reviennes... J'ai une mission pour...

Non. je coupe sèchement. Je refuse. La vie d'Assassin n'est pas la mienne. Je ne peux accepter de prendre la vie de père, de mari. Je ne veux plus le faire.

Sanjiv se gratta le menton, avant de reprendre: Tu sais, celui-là est un jeune employé, qui n'a pas de femme ou de progéniture...

Il n'en demeure pas moins un fils. Un frère. Un cousin. Où comptes-tu m'annoncer que c'est un orphelin?

Sanjiv fronçait à présent les sourcils. De toute évidence, mon refus de coopérer l'embêtait. Il soupira, puis, d'une voix qui se faisait plus énervée, plus menaçante, il gronda:

Alors tu va me laisser en plan? Après tout ce que j'ai fait pour toi? Rappelle toi où tu en étais, il y a moins d'un an. Un nouveau venu, sans abris, sans argent. Je t'ai recueilli. Je t'ai offert un lit et des repas. Je t'ai même donné du travail...

Quel travail que de se salir les mains à ta place... je grince d'un air ironique, mais je suis énervé qu'il tente de me menacer. Aussi je prends un air méchant à mon tour: Mais toi, Sanjiv. Toi qui m'a recueilli et nourri. Toi qui m'a offert un "travail". Tu devrais savoir, encore plus que quiconque, le danger que je représente quand je suis énervé. Et en ce moment, laisse moi te dire que tu t'expose à ma colère. En huit mois, jamais je n'ai échoué, peu importe la mission que tu me confiais. Alors je te conseille de changer ta stratégie, si tu veux avoir la moindre chance que je revienne.

Mais ça n'avait aucun effet sur l'esprit dérangé de mon ex-employeur. Au contraire, le ton grimpe encore, lorsqu'il me répond: Tu me déçoit énormément, mon ami. Moi qui t'ai sauvé la vie, tu oses me menacer. Moi qui suit pratiquement à genou devant toi, seul et désarmé, tu oses me menacer? Tu es mon ami...

Alors comment se fait-il que tu ne connaisses pas mon nom? Et puis, que représente l'amitié pour toi? J'ai tué tes soi-disant amis par douzaine, juste parce que tu pensais qu'il te voulais du mal.

Ils voulaient m'extorquer l'argent que je gagne durement pour leur propre bien. L'un d'eux à même oser utiliser sa femme comme prétexte...

Balivernes! Je me souviens très bien de lui. Sa femme était effectivement si souffrante que je l'ai moi-même achevé après m'être occupé de lui. Tu aurais pu l'aider, Sanjiv, puisqu'il était ton ami. Mais moi, malgré tout ce que tu peux dire, je ne suis pas ton ami. Je n'étais que ton pantin. Aujourd'hui, ces jours sont révolus. Alors retourne à Altaïnan, et oublie moi.

Les traits de Sanjiv sont déchirés par la colère, puis par la folie. Un sourire démoniaque se forme sur son visage, et d'un ton beaucoup trop calme pour être naturel, il me glisse:

Tu sais, mon ami. Je vais effectivement retourner à Altaïnan. Mais tu sais ce que je pourrais faire? Je pourrais aller voir les forces armées. Pourquoi pas tes amis les Lunes Rouges, tant que j'y serais. Je pourrais leur dire que tu as tenté de m'assassiner, et user de mon argent pour les lancer à ta poursuite! Que pourrais-tu faire face à des centaines de soldats?

Impossible. Je lui rétorque à voix haute, avant d'ajouter pour moi-même, silencieusement: Peut-être que tu pourrais corrompre des soldats, mais pas les Lunes Rouges. J'en ai rencontré certains qui étaient foncièrement mauvais, mais l'immense majorité d'entre eux sont d'une droiture sans faille.

Le sourire de Sanjiv s'élargissait de plus en plus, alors qu'il relançait de nouveau: Impossible tu dis, hein? J'ai suffisamment d'argent pour racheter la province. La Lame du Chaos est connue dans les environs, alors imagine combien de personnes seraient prêtes à me rapporter ta tête contre quelques pièces?

C'est à mon tour de sourire. Je ne crois pas que tu ai saisi, Sanjiv.

Un air étonné se dessine sur son visage.

Je ne remet pas en question ta fortune, ni le fait que beaucoup à Altaïnan me souhaite mort. Si je dis "Impossible", c'est parce que personne ne croirait à ton histoire.

Fronçant les sourcils d'étonnement, Sanjiv grommelle: Et pourquoi cela?

Comme tu l'as dit, la Lame du Chaos est un nom connu dans le coin. Et tout ceux qui connaissent ma légende te diront la même chose: ceux qui ont rencontrés la Lame du Chaos ne sont plus là pour en témoigner. D'ailleurs, à ce propos...

Plus rapide que l'éclair, je dégaine mes deux épées, et je décapite Sanjiv d'un geste si vif que lorsque je ramasse sa tête, un air de surprise y est fixé. Rengainant les lames maudites, je laisse le corps de la plus grande fortune d'Altaïnan croupir dans la poussière, son crâne quelque mètres plus loin, et je reprends ma route, toujours sans le moindre but. Mais au moins, j'ai le sentiment d'avoir tué pour une bonne raison...

La suite des événements nous mène en l'An 99, mois d'Eternok, Cycle Lunaire 4, Jour 7, tard le soir. J'ai erré, à travers le Royaume tout entier, et ce soir là, j'aperçois au loin les lumières d'une cité. M'approchant de ses murs, je constate à mon grand étonnement que malgré l'horaire, tout le monde, ou presque, se trouve dans les rues. Soudain la lumière se fait: ce soir, c'est le grand changement de Cycle. Alors que tout le monde se congratule, je devine que nous sommes à présent en l'An 1 du 12e Cycle, Mois de Jing, Cycle Lunaire 1, Jour 1. Un homme me frappe dans le dos, avant de me hurler au visage, son souffle empestant l'alcool:

C'est comme ça que ça se passe à Gejyong!

Je vois, je suis donc à l'extrême nord du Royaume. Attendris par cette fête de grande ampleur, propre à cette province, la plus riche du Royaume, je me mêle silencieusement aux passants, profitant de cette soirée que ne se vit qu'une seule fois.

Mais dès le lendemain, la dure réalité s'offre de nouveaux à moi: je suis toujours un sans-abris, sans le sou. De plus, je suis désormais un Assassin confirmé, devenu une triste légende dans la calme province d'Altaïnan. J'espère que dissimulé dans le faste de Gejyong, je passerais inaperçu, malgré les deux lames qui pendent dans mon dos...

Mes espoirs partent en fumée au bout d'un Cycle. Alors que jusque là, j'avais volé à la tire pour avoir de quoi manger, sans jamais trop attirer l'attention, je manque cette fois-ci de chance. Alors que je marchais, un bol de riz à la main, j'entends une voix m'interpeller au loin. Me retournant, je m'aperçois qu'il s'agit d'un cavalier léger, la plus grande ressource militaire de la province. Alors que je le laisse s'approcher de moi, je comprends bien assez vite que la lumière c'est faite dans son esprit:

Toi! Tu es... tu es la Lame du Chaos, n'est-ce pas? Ne nie pas! Je le sais, ta réputation te précède! Que fais tu ici? Qui va tu tuer? Je t'arrêtes pour multiples meurtres!

Je sens que les choses vont mal tourner. Aussi je profite de son apparente anxiété, doublé à son excitation d'arrêter un criminel connu, pour prendre mes jambes à mon cou. Je suis rapide, et l'effet de surprise me permet de prendre quelques mètres d'avance. Mais je ne peux pas lutter contre un cavalier. Si je m'étais trouvé à Altaïnan, ma situation aurait pu s'avérer critique. Mais ici, à Gejyong, l'architecture de chaque bâtiment équivaut presque à une œuvre d'art, et je peux en tirer avantage. Les balcons ici sont légions, et je m'en sers allègrement pour distancer le cavalier. Mais à présent ce n'est plus un simple cavalier qui est à mes trousses, mais une bonne dizaine de gardes, qui, alertés par les cris, m'ont pris en chasse, et parviennent à me suivre à travers balcon et toit. Combien de temps ai-je passé à courir? Je ne sais pas, mais je suis sûr qu'à chaque fois qu'un garde est parvenu à ma hauteur, je ne lui ai pas laissé la moindre chance, en le tuant, avec l'une de mes deux épées. Au bout d'un moment, je m'autorises un regard par-dessus mon épaule. Les cris se sont tus, plus personne n'est derrière moi. Je me retourne complètement pour inspecter les environs. Le soleil se couche derrière les hauts bâtiments de Gejyong, et je suis tiré d'affaire. Tournant à nouveau les talons, quelle ne fût pas ma surprise de voir la pointe d'une flèche braqué entre mes deux yeux!

Est-ce la fin? Si je fais le moindre mouvement, je suis mort, c'est une certitude. Face à moi, une Lune Rouge. Leur uniforme se reconnaît entre mille. C'est une fille, une archère, qui me fait face. Son arc, d'excellente facture, pour autant que je m'y connaisse, est tendu au maximum, probablement plus que nécessaire pour tuer quelqu'un à bout portant. Le seul signe distinctif de l'archère est une écharpe, qui recouvre sa peau de la base du cou jusqu'en haut du nez. Mais du peu que je vois, j'ai une vague impression de déjà vu... Ces yeux, ces cheveux. L'archère me menace soudain, la voix étouffée en partie par son écharpe:

Alors, la Lame du Chaos, qu'est-ce que ça fait d'avoir la mort à ses côtés au lieu de la voir derrière une victime?

Cette voix... Mais oui! Il ne peut s'agir que d'elle! Miu Wakahisa, l'une de mes camarades d'entraînement! Elle a réussi l'examen, et aujourd'hui je la retrouve ici. Cette révélation m'arrache un sourire, qu'elle semble prendre pour de la suffisance, puisqu'elle tend son arc un peu plus. Après avoir laissé passer quelques secondes, je fini par lui répondre.

C'est comme retrouver une vieille ami... Content de te voir, Miu.

Elle écarquille les yeux, et je vois son arc se détendre quelque peu. Très lentement, je rengaine mes épées, et enlève ma capuche, pour lui laisser voir mon visage. Cette fois, elle détend complètement son arc, et baisse son écharpe, me laissant découvrir la totalité de son visage.

Assis sur ma branche, je me souviens qu'elle m'avait étreint longuement. Après tant de temps, c'était la première fois que je retrouvais quelqu'un que je connaissais.
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Shado Kodokuna

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MessageSujet: Re: Les Larmes de la pleine Lune (Solo)   Sam 1 Nov - 0:27

Chapitre 9 - Juste une dernière danse...

Assis sur ma branche, je me souviens...

Je me souviens de la longue étreinte que Miu m'avait donné suite à ma révélation. Lorsqu'elle s'était détaché de moi, elle m'avait longuement observé. Qui sait quel visage je suis en train de lui offrir... Cela fait plus d'un an que j'ai quitté Altaïnan, et si j'avais pris à peu près soin de moi durant mon temps chez Sanjiv, je m'étais depuis totalement laissé aller. Néanmoins, je peux sentir des mèches de mes cheveux, collés à mon front et à ma nuque à cause de la sueur. Ma barbe est également bien fournie... Comparé à moi, Miu est une impératrice qui passe ses journées à soigner son apparence. Ses cheveux châtains sont ordonnés dans un chignon impeccable, et sa peau est parfaitement uniforme.

Mais malgré tout, je ne peux me détendre complètement. Après tout, je suis un Assassin confirmé, alors qu'elle est une Lune Rouge. Aussi je lui demande:

Pourquoi tu ne me tue pas? Je suis un Assassin recherché, manifestement.

Elle me regarde d'un air triste, avant de m'entraîner à sa suite. Il est vrai que nous nous trouvions toujours sur un quelconque toit. Je la suis dans une petite ruelle, sans issue, où elle répond à ma question:

Tu es un camarade d'entraînement. Tu aurais du devenir une Lune Rouge, peut-être même un haut commandant. Tu n'es pas un Assassin...

Et pourtant je suis bien celui qui a pillé la Salle des Reliques du Temple, tranché la gorge de quatre "camarade d'entraînement", puis qui suit parti en cavale, avant de devenir la tristement renommée "Lame du Chaos", responsable d'au moins une soixantaine de meurtres. Tous perpétrés de la même signature barbare: la décapitation. Malheureusement, je crois que c'était bien mon destin, depuis le début, d'être un Assassin.

Rien ne te prédestinait à suivre cette voix. Tu as vécu toute ta vie au Temple. Tu étais le meilleur élèves. Tu as été victime d'une immonde injustice!

La vie est injuste, au même titre que la guerre... Tu m'as défendu de la même manière ce soir-là. Je n'ai jamais eu l'occasion de t'en remercier.

Je n'ai fait que ce qui me semblait juste à ce moment. Mais depuis, qu'est-ce qui s'est passé?

Nous nous asseyons tout deux à même le sol, et je soupire longuement:

Bah... Tu le sais en partie. Cette nuit-là, j'ai quitté le Temple en emportant avec moi les lames jumelles maudites, plusieurs autres reliques, ainsi que la vie de Fukui, Ryuu, Taï et Kun. Ensuite, j'ai vécu chez un entrepreneur d'Altaïnan, Sanjiv Fain. C'est pour son compte que je suis devenu "La Lame du Chaos". Je fait ça environ huit mois, avant de quitter la province en plein milieu d'une mission. J'ai vécu un peu plus d'un an sur les routes, avec pour seul épisode marquant le meurtre de Sanjiv, qui était venu me chercher. J'ai aussi tué des marchands, mais cela m'est devenu tellement commun... Je suis arrivé ici le soir du changement de Grand Cycle. Je suis ici depuis une lune.

Miu m'a écouté sans rien dire, avant de souffler:

Shado... Pourquoi est-ce que tu as tué Taï et Kun?

Je baisse les yeux. J'ai perdu le contrôle. Les lames, elles avaient faim. J'entendais leurs voix sans les entendre... Elle réclamaient plus. Depuis, chaque jour, je regrette ces deux meurtres.

Un long silence s'installe, lourd, pesant. Je finis par le briser en orientant la conversation dans une autre direction:

Et après mon départ, comment est-ce qu'ils ont réagis au Temple?

Ils se sont ajustés. Comme il fallait cinq diplômés, les cinq filles ont été admises. Moi ils m'ont envoyés ici. De ce que je sais, les jumelles sont à Jianmung, Yu est à Feichong, et Kotone sert au Palais.

Comment c'est? La vie d'une Lune Rouge?

Tu sais... on patrouille, on surveille les murs, on vit à la caserne, on continue de s'entraîner. C'est une vie assez monotone. Mais je ne m'en plains pas. Il y a de quoi faire par ici.

Comment ça?

C'est la province la plus riche du Royaume. Tous les jours, des marchands venus des quatre coins du monde passent par ici. L'argent circule constamment. Des grandes fortunes, il y en a à foison. Mais Geijyong n'échappe pas à la règle: certains obtiennent leurs pièces d'une manière plus... frauduleuse.

J'acquiesce en silence. Je vois parfaitement de quoi elle veut parler. En y réfléchissant bien, ça ressemble à ce que je faisais pour Sanjiv, lorsque j'étais à Altaïnan. Si en surface son affaire était florissante grâce à une excellente gestion et des coups du sorts favorable, ma participation n'était qu'un secret de polichinelle. Tout le monde savait bien que "La Lame du Chaos" ne tuait pas au hasard, et qu'elle s'occupait de provoquer les coups du sorts.

Encore une fois, le silence c'est installé. Au bout d'un moment, sans vraiment réfléchir, je dit:

Je pourrais me charger d'eux. Tes fortunes frauduleuses. Je pourrais les tuer. Après tout, c'est encore ce que je fais de mieux.

Perdue dans le fil de ses pensées, Miu met plusieurs secondes à réagir, avant de balbutier: On... On ne peut pas... on a pas le droit, tant qu'on ne peut pas clairement prouver qu'ils sont des hors-la-loi.

Je lui souris: L'avantage d'être un Assassin, c'est qu'on est pas ralenti par des détails. Ton histoire de preuve, je la comprend. Vous savez que ce sont des criminels, mais c'est officieux. Je suis déjà un criminel répertorié, alors ce n'est pas la menace d'une poursuite militaire qui va m'effrayer. Tu n'auras qu'à me donner les noms, et je m'en occupe.

Sur son regard se peint la surprise, puis l'étonnement, puis la méfiance. Elle demande: Pourquoi tu veux faire ça? Pourquoi prendre de tels risques?

Je souris timidement: Tu m'as laissé la vie sauve, alors que tu aurais pu me tuer sans cérémonie. Pourquoi as-tu pris le risque de laisser vivre "La Lame du Chaos"?

Miu veut répliquer, mais je lui fais signe que ce n'est pas nécessaire, et que ma décision est prise: Tout ce que tu as à faire, c'est me donner des noms. Pour tout le reste, je me débrouille.

Et c'est ainsi que, six mois durant, à intervalle régulier, je redevenais ce que je m'étais promis de ne jamais devenir. La Lame du Chaos réapparaissait, et s'occupait sans sourciller des principaux criminels de la province. Bien évidemment, cela incluait des risques. J'ai ainsi engagé des courses poursuites avec la garde à plus d'une reprise. Suite à une promesse faites à Miu, je m'efforçais de ne pas les tuer, mais parfois, je n'avais malheureusement pas d'autres alternatives. Parallèlement, je prenais toujours plus de risques en m'aventurant non loin de la caserne des Lunes Rouges. Miu m'offrait de la nourriture, et pour de courtes minutes, sa compagnie. Cela m'évitait d'avoir à voler sans arrêt, et me permettait également de ne pas sombrer dans la folie de la solitude, comme tant de fois j'avais manqué de faire durant mon année loin de la civilisation. Un jour, peut-être, les choses tourneront mal, mais le jeu en vaut la chandelle.

Peut-être que c'est ça qui me pousse à continuer de tuer. Penses-je parfois. Le risque, l'adrénaline. C'est pour ressentir cela sur un champ de bataille que je voulais devenir une Lune Rouge. Au final, c'est en prenant des vies que je satisfais ce besoin. En un sens, j'ai trouvé ma voie, même si elle se situe loin des sentiers prédéfinis...

Je me souviens de la date comme si c'était hier. An 1 du 12e Cycle. Mois de Juang, 1er cycle lunaire. Je venais de décapiter un des noms que Miu me donnait. Je n'en demandais pas plus. Une trace de sang séché traçait un bouc rouge sur mon menton. Grâce à Miu, j'ai eu l'occasion de me couper les cheveux et me raser. Pour la première fois depuis une éternité, j'ai pu sentir les pointes de mes cheveux caresser ma nuque. En terme de barbe, je préfère l'éliminer complètement, ne sachant pas quand j'aurais l'occasion de me raser à nouveau. Seulement éclairé par la lumière de la lune, je m'approche à pas de loup des murs de la caserne. Miu finit par se montrer. Après une étreinte rapide, je lui fait un rapide résumé des derniers événements. Je n'ai le temps d'en dire plus, puisqu'une voix inconnue tonne dans la nuit, sonnant l'alarme:

La Lame du Chaos est ici!! Et il est avec... Miu?! Un court silence. Miu nous a trahis! Elle est avec la Lame du Chaos depuis le début! Attrapez-les, tous les deux, et tuez les!

Pas une seconde à perdre, j'attrape fermement Miu par le bras, et je l'emmène à ma suite. Par chance, elle ne quitte jamais son équipement, et ses flèches ne sont pas de trop pour ralentir nos assaillants. Car ce sont une bonne douzaine de Lune Rouge qui nous ont immédiatement pris en chasse. La caserne étant quasiment collée au mur nord de la province, je prends le parti de quitter le Royaume. L'ennemi gagne du terrain, les flèches pleuvent autour de nous. A la faveur du passage d'une caravane tardive, nous réussissons à créer à reprendre nos distances. Les portes ne sont plus qu'à quelques mètres, encore ouverte par le passage du marchand. Nous sommes maintenant pris entre deux feux, des archers surveillants les murailles étant venus prêter main forte à leur camarades Lune Rouge. Nous réussissons tout de même à passer la porte. De tout ce temps, je n'ai pas lâché le poignet de Miu. Soudain, quelques pas après la porte, elle s'écroule de tout son long. Je me retournes brusquement, et l'horreur se peint sur mon visage.

Une flèche a fini par atteindre sa cible. Pénétrant par l'arrière du crâne, je vois la pointe ensanglantée sortir de son œil droit. J'accompagne mon amie dans sa chute, et m'agenouille à ses côtés. Une flèche passe si près de ma tempe gauche qu'elle laisse une longue mais peu profonde coupure, arrachant mes cheveux dans sa course. Mais je n'en ai cure. Depuis Waizu, je ne m'étais jamais attaché à une personne comme j'étais attaché à Miu. Je sens mes joues s'inonder de larmes. Haletante, Miu ne dit rien. Dans cette situation, les mots sont inutiles. Ses seuls mouvements sont de retirer son écharpe, pour la passer autour de mon propre coup. A quelques pas de moi, j'entends les cris des Lunes Rouges qui se rapprochent.

Ils ont tués Miu... Ils ont tués Miu... Cette phrase ne cesse de se répéter dans mon crâne. Prêt à défendre Miu, je pose les mains sur mes épées. Miu tire sur ma manche.

Shado... Tes yeux... ils sont... rouges.

C'est à ce moment précis qu'un soldat abat sa lance dans le cœur de mon ami, en clament: Miu Wakahisa, pour avoir trahis les Lunes Rouges à qui tu as prêté serment, tu as payé de ta vie.

Mes mains toujours fixés sur le manche de Fuun et Zetsubo, je pousse un cri inhumain. Les épées et les lances des Lunes Rouges sont pointées tout autour de moi. Les joues inondés de larmes, je gronde d'une voix qui n'a plus rien de mon timbre habituel:

Alors c'est comme ça que ça se passe, chez les Lunes Rouges... Tuer vos propres camarades, vos frères d'armes, sans jugement aucun. Je vous ai admiré, pour la plus grande partie de ma vie. Vous représentiez la plus grande fierté de Soriyeo. Mais à présent que je vous vois sous un autre angle, je constate que vous n'êtes que tout ce que je déteste en ce monde. Vous avez tué Miu, vous allez tous... payer.

Sans m'arrêter de pleurer, je dégaine mes deux lames et engage le combat. Je tournoie, danse avec les épées maudites, sans réfléchir. Au fond de moi, je sais que je suis entré dans la même phase que la nuit fatidique où j'ai saisi Fuun et Zetsubo pour la première fois. J'ai perdu toute notion de réalité, m'abandonnant entièrement au désir des démons scellés dans mes épées. Les cris, les images, tout est flou autour de moi. Mes pleurs me brouillent la vue. Mais quand la poussière retombe, je suis debout, et eux ne sont plus. Pendant quelques secondes, j'observe la scène pittoresque devant moi. Douze Lunes Rouges gisent, baignant dans un mélange poisseux de terre et d'hémoglobine. Mais derrière moi, reposant d'un air calme uniquement troublé par la flèche sortant de son œil droit et le fin trou en son cœur, Miu n'est également plus de ce monde. Saisissant son écharpe maculé du sang de mes ennemis comme du mien, je serre le tissu, avant de le remonter jusqu'au dessus de mon nez, comme elle le faisait. Puis, rabattant ma capuche sur ma tête, je tourne les talons sur des mots d'adieux, teintés de regret:

Désolé Miu, j'ai échoué. Je n'ai pas pu te sauver... J'espère que l'autre monde t'apportera tout ce dont tu as été privée ici bas.

Puis je reprends ma route, loin de Gejyong, loin de Soriyeo. Devant moi se dresse, majestueuse et mystérieuse, l'orée de la Forêt d'Ossoro.

Assis sur ma branche, je me souviens qu'en ce chaud jour de Juang, je quittais la terre qui m'avait vu naître, grandir et tuer, pour ne jamais y revenir...


Dernière édition par Shado Kodokuna le Jeu 6 Nov - 17:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les Larmes de la pleine Lune (Solo)   Jeu 6 Nov - 17:46

Épilogue - L'histoire s'achève ici... pour l'instant.

Depuis que j'ai pénétré dans la Forêt d'Ossoro, il y a maintenant trois mois, ma vie a d'abord ressemblé à un grand jeu de survie. La chasse redevenait ma principale source de nourriture, et croiser des caravanes marchands ne m'était arrivé qu'une seule fois. De plus, j'ai appris à mes dépens que les contrées sauvages étaient bien un monde à part, plus encore que je n'aurais su l'imaginer.

L'une des premières choses que j'ai faites dans la forêt avait été de trouver des ressources d'eau. Une fois cela fait, je me nettoyais sommairement, ainsi que mes affaires. C'est à ce moment là que les dernières paroles de Miu m'étaient revenues en tête.

Shado... tes yeux... ils sont... rouges.

Cela m'avait semblé étrange. Les rares fois ou mon chemin croisait celui d'un miroir, seul le pourtour de mes yeux était rougis, conséquence des nuits passées à pleurer. Mais mon iris, lui gardait inlassablement un coloris vert-gris, peu expressif.
Ce n'est que plus tard que j'ai compris. En réalité, c'est lorsque je tiens le manche de mes épées que mes yeux virent au rouge vif (aussi bien la pupille que l'iris). La partie drôle? Si je ne tiens qu'une seule arme, alors un seul de mes yeux changera de couleur.

En 3 mois dans la forêt, ma perception de la vie a énormément évoluée. Auparavant, je ne cherchais pas la discrétion à tout prix. Ce temps est terminé, car si je veux pouvoir me nourrir, il faut que je chasse. Et si il y a bien une chose que j'ai apprise, c'est qu'un bon chasseur est un chasseur silencieux. D'ailleurs, un chasseur bruyant est un chasseur à l'estomac vide, et, a fortiori dans cette forêt, un chasseur bruyant est un chasseur mort.

Mais je crains de moins en moins ce nouvel habitat. Je trouve assez facilement de quoi manger. Ma route a également croisée à plusieurs reprises celle des grands Loup Blanc légendaires, mais, hormis la première fois, je suis capable de m'en défendre, non sans peine. Le dernier inconvénient, est ce dernier est majeur: chaque fois que je dégaine mes lames, je suis inlassablement attaqué par de faibles Onis. Je pense qu'ils détectent les démons scellés dans Fuun et Zetsubo, et qu'ils sont attirés par elles. Si au moins ils étaient comestibles, je m'en accommoderais, mais comme ce n'est pas le cas...

Enfin, ces 3 derniers mois m'ont permis de réfléchir. J'ai quitté Soriyeo par la petite porte, en fuyant. J'y ai perdu tout ceux qui ont ne serait-ce qu'une seule fois comptés pour moi. Les responsables? La plupart du temps, les Lunes Rouges. Jour après jours, cycles après cycles, ma haine a grandi envers le Royaume. Et je me suis fait une promesse: Un jour, je retournerais à Soriyeo, et j'y ferais honneur au surnom qu'on m'y a donné en semant le chaos. Je tuerais toutes les Lunes Rouges... Non, ça ne correspond pas à mon idée du chaos... Je me chargerai plutôt des hauts commandants, cela sèmera assez la panique. Et si je veux que le chaos soit total, il faudra aussi que j'assassine chaque membres de la famille royale.

Cette résolution prise, je reprends la route de mon campement, installé près du cours d'eau. C'est l'endroit le plus calme que j'ai pu trouver, mais ce n'est pas pour autant que je m'autorise à dormir sur mes deux oreilles. Ici, un moment de relâchement et c'est le décès assuré. Le soleil ne va pas tarder à se coucher. En attendant, je grimpe sur une large branche d'un arbre adjacent, et pour la première fois, je porte ma réflexion sur mon existence dans sa globalité, depuis ma naissance jusqu'à aujourd'hui...

Assis sur ma branche, je me souviens de l'histoire de Shado Kodokuna, l'orphelin du Temple de Soyeo, devenu la Lame du Chaos, l'assassin le plus redouté du Royaume.

HRP: C'est donc ici que s'achève cet RP Solo. J'espère qu'il vous a plu ^^. Comme je l'ai déjà dit, n'hésitez surtout pas à m'envoyer un MP pour me donner votre avis, ou poser une question, ou n'importe quoi. D'ici là, à bientôt pour de nouvelles aventures Very Happy
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